Colloque des écrivains et artistes noirs (partie 3)

Malgré tous ces thèmes, la question centrale reste celle de l'homme noir et de l'union des peuples noirs. Sur quels critères nous définir comme un seul et même groupe ? Nous l'avons vu, pour certains la couleur de peau est un élément trop réducteur pendant que pour d'autres, c'est, au contraire, le facteur central qui légitime cette volonté d'union. Pour ma part, la couleur de peau ne peut être un paramètre suffisant. D'ailleurs lorsque l'on parle « d'homme noir » je ne pense pas qu'il faille entendre le terme « noir » comme faisant référence à une couleur de peau. Il renvoie, selon moi, bien plus à un ensemble de valeurs et d'attitudes communes aux hommes noirs. Il s'avère essentiel de préciser qu'une communauté, bien souvent, se construit en opposition ou en défiance vis-à-vis d'une autre. Les Noirs ne peuvent se dire unis uniquement par la couleur de peau. Les Noirs ne peuvent pas plus se déclarer unis par les coutumes car chaque patrie a ses coutumes et dans chaque patrie il y a des divergences selon les ethnies. En revanche, il y a un domaine dans lequel tous les Noirs peuvent se retrouver : l'Histoire. Le Blanc a construit l'histoire commune des peuples noirs par le commerce triangulaire et la colonisation et c'est à ce titre que tous ces peuples noirs peuvent se définir comme un. C'est effectivement ce que tente d'expliquer A. Diop lors du colloque : « La couleur de la peau n'est qu'un accident ; cette couleur n'en est pas moins responsable d'événements, d'œuvres, d'institution de lois éthiques qui ont marqué de façon indélébile l'histoire de nos rapports avec l'homme blanc. »
Voilà également pourquoi nous parlons des Noirs et non des Africains. Ce colloque est ambitieux en ce sens qu'il cherche à unir non pas uniquement les peuples d'Afrique noire mais également la diaspora noire : « Noirs des Etats-Unis, des Antilles et du continent africain, quelle que soit la distance qui sépare parfois nos univers spirituels, nous avons ceci d'incontestablement commun que nous descendons des mêmes ancêtres. » (A. Diop).

Si, selon moi, rallier la diaspora noire à l'Afrique noire dans une éventuelle union semble utopique, les intellectuels de ce colloque ont eu le mérite, le courage, d'en émettre l'idée à une époque ou le monde se régionalise -pactomanie d'après-guerre, CEE en 1957- . Ces grands hommes, ces « Etoiles noires » ont eu l'audace de se questionner sur leur identité et de poser les bases d'une possible société post-raciale que semble aujourd'hui connaître les Etats-Unis avec l'élection de Barak Obama. Mieux encore, par les arts et la culture, ils ont tenté de prouver au monde que l'Afrique et les Noirs en général faisaient bien parti de l'Histoire comme semble encore l'ignorer certains chefs d'Etats occidentaux.

Enfin et surtout, cet événement, vieux de plus d'un demi siècle nous montre que la question de l'identité n'est pas nouvelle, qu'elle s'est posée de tout temps et qu'il serait plus judicieux de laisser l'Histoire délivrer ses réponses plutôt que de tenter de légiférer sur un problème si complexe.


Giovanni DJOSSOU

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