Jerry Rawlings : Symbole d'une possible démocratie à l'africaine (partie 2)

 

Dès lors, en tant que président, Rawlings a deux objectifs majeurs : installer une stabilité politique en luttant contre la corruption, et réduire considérablement les inégalités économiques et sociales.

Dès le début de l’année 1982, le nouveau président crée le Conseil Provisoire de Défense Nationale,  dirigé par ses alliés putschistes, puis supprime la constitution ainsi que les partis politiques. Durant les années 1983 et 1984, il utilise les prêts du FMI afin de financer un vaste programme économique de réformes qui permettra de considérablement réduire les difficultés économiques du pays. Après 10 ans sans constitution, Rawlings décide d’en élaborer une nouvelle. En 1992 la IV République ghanéenne est proclamée. Le multipartisme est instauré ainsi que la tenue régulière d’élections.

Très vite, le climat politique devient de nouveau instable, la corruption et la défiance du pouvoir refaisant surface. De plus les tensions sociales s’accentuent. Elu en 1992, Rawlings, face à tous ces problèmes se voit contraint de précipiter les élections de 1996. Son parti est réélu à la majorité absolue. En 2000, conformément à la constitution, Rawlings ne peut se présenter. Kufuor est élu président devant J.A. Mills, le protégé du président sortant.

 

 On peut aisément voir que « l’ère » Jerry Rawlings connait deux périodes biens distinctes : 1979-1992 et 1992-2001.

Durant la première période, les mots d’ordres sont : austérité, rigueur et suppression des libertés. Néanmoins ce sont ces mêmes mots d’ordre qui permettent au Ghana de trouver une stabilité politique. La question est de savoir ce que recherchent les peuples d’Afrique à l’heure actuelle. Leur souhait principal est de pouvoir manger à leur faim. Pour cela il faut une certaine prospérité économique. Pour obtenir cette prospérité économique il est nécessaire d’obtenir au préalable cette fameuse stabilité politique qui permet d’éviter la corruption et de garantir la pérennité des institutions. Pour ce faire, il me semble essentiel que les pays d’Afrique se dotent de personnalités fortes au service de leurs peuples et non de leurs ambitions personnelles. On l’a très bien vu, Rawlings, malgré ses coups d’Etat, n’est pas un despote mégalomane (je vous rappelle qu’il organise des élections libres en 1979 auxquelles il ne participe pas alors qu’il a le pouvoir entre les mains). Et ces fameux hommes au service de leurs peuples devraient pouvoir rester au commandement autant de temps qu’il faut pour rétablir l’ordre. La situation des pays d’Afrique est telle qu’ils ne peuvent pas se payer le luxe de jouer le jeu de la démocratie comme les pays occidentaux. Ces derniers ont mis au goût du jour la démocratie alors que leurs situations économiques et sociales étaient bien plus acceptables que celles des pays d’Afrique aujourd’hui.

Je reste persuadé que la tenu d’élections présidentielles régulières en Afrique est bien plus source de conflits nationaux que d’avènement de la démocratie comme le prouve la situation de la Côte-d’Ivoire actuellement qui ne cesse de repousser des élections de peur d’une nouvelle guerre civile.

 

Malheureusement, depuis le début des années 1960 et la décolonisation, la communauté internationale ne cesse de fausser le processus lent de démocratisation des pays africains en précipitant les choses et en les obligeants à adopter des modes de fonctionnement qui, selon moi, ne sont pas adaptés à la situation de l’Afrique. Je m’explique :

Malgré tous les progrès du Ghana durant ces 20 années, Jerry Rawlings a toujours eu un problème de reconnaissance sur la scène internationale du fait de son arrivée non conforme au pouvoir. S’il élabore une nouvelle constitution en 1992 c’est sous la pression de la communauté internationale qu’il le fait. Or, le retour au pluralisme politique engendré par cette nouvelle constitution a fait réapparaître la corruption et les conflits ethniques dans le pays. C’est précisément là que réside tout le paradoxe : sans constitution le Ghana semblait relativement stable. La communauté internationale exige une constitution car cela est dans les « règles » de la démocratie et permettra selon elle, une plus grande stabilité encore. Or, c’est cette constitution qui a bien failli détruire tout ce qui avait été entrepris dans ce pays depuis plus de 10 ans. En d’autres termes, la démocratie a bien failli détruire ce qu’elle chérit le plus, car elle a voulu s’imposer dans un contexte où elle n’était pas fondamentalement nécessaire.

                                                          Je n’ai nullement tenté ici de me faire l’avocat du diable, le défenseur des dictatures. Je pense qu’il faut savoir faire la différence entre les tyrans mégalomanes et les « despotes éclairés ». Je pense également qu’il faut enfin comprendre que l’Afrique est tout à fait prête à accepter la démocratie mais qu’elle le fera à son rythme et avec ses aléas, tout comme cela a été le cas avec les pays occidentaux en leurs temps.

 

  Giovanni DJOSSOU

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