La Chine-Afrique (suite)

 

De mon point de vue, les véritables personnes à blâmer dans cette affaires sont les autorités ivoirienne (et africaines en général) qui acceptent ce genre de deal. Finalement qu'est-ce que l'Afrique a à gagner dans cette histoire à part des produits chinois non taxés à disposition, et quelques perceptions de taxes pour les collectivités locales ? L'Afrique est perdante, à nouveau. Mon supérieur m'expliquait que pour l'instant, le rapport de force était si inégal que les dirigeants ivoiriens ne pouvaient pas se permettre d'imposer, aux entreprises chinoises implantées dans le pays, d'embaucher des autochtones. Il espère néanmoins qu' « avec le temps la situation changera ». Cela dit, dans ce contexte bien précis, je ne vois pas comment le temps fera pour améliorer les choses. Bien au contraire il les aggravera. La Chine sera plus riche demain, et la Côte-d'Ivoire plus pauvre encore. Puis viendra le jour où la Chine n'aura plus besoin de l'Afrique pour se développer et la laissera tomber. Et l'Afrique se retrouvera une nouvelle fois face à elle-même sans savoir que faire, comme à la fin des années 60.

Mon supérieur m'explique que si on ne fait pas confiance aux travailleurs africains c'est parce qu'ils n'ont aucun réel savoir faire. Ils ne savent pas construire ; les nouvelles technologies leurs sont étrangères. A partir de cette réflexion je me suis dit que nous étions dans un cercle vicieux car si l'Afrique n'a rien, on ne commerce pas avec elle. Et lorsqu'on décide de travailler « avec l'Afrique » c'est sans lui permettre de connaître les  techniques actuelles qui pourraient la rendre plus performante demain. L'Afrique ne profite pas du possible transfert de savoir et de technologies qui pourrait s'opérer avec la Chine actuellement et c'est dommage. On ne peut pas obliger les Chinois à faire travailler des Ivoiriens sur les chantiers ivoiriens. Le mieux serait que les Chinois prennent d'eux-mêmes ces initiatives. Pour qu'ils prennent ces initiatives, il faudrait peut-être que les populations africaines changent quelque peu l'approche qu'elles ont du commerce, des échanges. L'Afrique a peut-être avec la Chine, une chance de devenir sujet de la mondialisation et non plus seulement l'objet de cette-dernière. Car c'est bien comme cela que je vois la situation pour l'instant. Les rapports entre la Chine et les pays africains, selon moi, ne sont qu'une nouvelle forme d'exploitation. Et je vois se substituer à la France-Afrique une Chine-Afrique bien que les rapports seraient d'un tout autre ordre.  Vous comprendrez donc à quel point les cries « On veut les Chinois » me révulse.

Alors, oui, on peut toujours affirmer que c'est là la faute des chinois etc. mais si cette nouvelle exploitation est possible elle est  avant tout due à l'apathie des dirigeants africains, leur incapacité également, à transformer les schèmes des sociétés qu'ils gouvernent. C'est une preuve d'ignorance que d'affirmer que  l'homme africain n'est pas entré dans l'histoire comme le pensent certains...  cela dit, je reste persuadé que l'Afrique est entrée dans le monde économique par la mauvaise porte, qu'elle en paie le prix et pire, qu'elle ne fait rien pour s'en sortir. Les dirigeants africains sont responsables, alors, finalement, peut-on réellement reprocher aux populations de crier « On veut les Chinois » ou « On veut les Américains. » ?

             L'Afrique cherche ailleurs des modèles qu'elle est incapable de trouver chez elle. Nous n'avons pas de capitaines d'industries, nous n'avons pas de grandes entreprises, ni mêmes des PME (pourtant solides pour certaines) qui prennent le risque de se développer à l'international. L'Afrique se nourrit de l'agriculture (c'est le cas de le dire !), c'est un mets bien maigre à l'heure des Ipods, micro-PC, et autres gadgets en tous genres de la nouvelle ère informationnelle. Je pense, selon la classification de Rostow, que la majeure partie de l'Afrique est encore au premier stade, tout au plus au deuxième. Ce qui fait encore un long chemin à parcourir. Mais peu importe la longueur du chemin tant que l'on sait qu'on avance. Malheureusement je ne pense pas que soit le cas de ce continent.

Giovanni DJOSSOU

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