Le génocide rwandais (partie 4)

 

Deux clés pour comprendre l'attitude française 

            La première explication est d'ordre économique. Le Rwanda était un pays allié et client de la France. Les entreprises de l'Hexagone y avaient des intérêts économiques que le régime d'Habyarimana assurait. Le cas du Rwanda est représentatif de ce qui se passe ailleurs dans le monde. Pas plus tard que lors des dernières élections gabonaises, certes avec une volonté de ne rien en laisser transparaitre, mais de façon suffisamment importante, la France a montré qu'elle savait appuyer le candidat de ses intérêts économiques. 

            La seconde explication est d'ordre géopolitique et fait appel à la mémoire collective politique française. Les rebelles Tutsis étant alors accusés de bénéficier d'un soutien américain, Paris vivait dans la hantise de voir son rôle en Afrique centrale être supplée par les Anglo-Saxons. Comme le souligne Andrew Wallis, cette hantise tire son origine de la crise de Fachoda en 1898. En effet, la Grande Bretagne voulant à l'époque constituer un empire colonial africain du Caire au Cap et la France de Dakar à Djibouti, les deux logiques sont entrées en confrontation avec la rencontre des troupes du Général anglais Kirtchner et du Commandant français Marchand. Si le retrait des troupes françaises avait alors permis d'éviter la guerre, il a ancré dans la mémoire collective française la honte d'avoir cédé. Depuis lors, une sorte de « never again » avait été la ligne directrice française en Afrique. Quand la crise rwandaise a éclaté, ce syndrome de Fachoda était encore dominant dans les milieux politiques et militaires qui ont présenté les événements comme une avancée de la puissance américaine mettant en danger la françafrique

À lui tout seul, le terme françafrique pourrait d'ailleurs bien résumer le génocide rwandais, ou tout au moins en donner une approche que l'on préfère souvent passer sous silence. Mise en cause il y a 15 ans, ce concept ou plutôt cette pratique revient au devant de la scène aux lendemains de l'élection gabonaise. Elle nous éclaire sur l'une des plus grandes tragédies de notre siècle et nous rappelle sa force structurante. Il ne fait cependant plus guère de doute qu'il faut la combattre. Beaucoup de personnes, d'un côté comme de l'autre, ont intérêt à ce que le système perdure. Le challenge pour la jeunesse africaine n'en est que plus grand.

Nicolas-Simel

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site