Le colloque des écrivains et artistes noirs (Sorbonne 1956)

 

Les récents débats d'idées qui font l'actualité ces derniers mois tendent à prouver que chaque nation, chaque peuple, chaque groupe d'individus, cherche à définir, de gré ou de force une certaine identité propre, clairement distincte de ses voisins. On ne peut, bien sûr, pas occulter la brûlante question de l'identité nationale française, dernier débat en date ; mais depuis plusieurs années déjà ce genre de problématiques se trouve au centre des grands sujets de notre temps : le 11 septembre 2001 à remis au goût du jour l'idée du patriotisme américain, l'entrée des PECO dans l'Union Européenne en 2004 a entraîné la question de « l'identité européenne ».

En septembre 2006, loin de tous ces grands débats surmédiatisés était fêté, dans l'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne, le cinquantième anniversaire du premier « colloque des écrivains et artistes noirs ». Sans revenir sur les détails de ce colloque je tâcherai d'en décrire l'esprit, analyser les raisons de sa tenue ainsi que les leçons que nous pouvons en tirer. A l'heure où l'ancienne gloire du football français, Lilian Thuram sort son ouvrage Mes Etoiles Noires, en l'honneur des intellectuels et hommes d'actions du monde noirs, je tenterai, à travers ce colloque de vous montrer que depuis au moins un demi siècle, l'homme noir, à l'instar des autres, tente de construire son/ses identité(s).


Le premier Colloque des Ecrivains et Artistes Noirs s'est tenu du 19 au 22 septembre 1956 à la Sorbonne. Ce colloque avait pour originalité de réunir les plus grands intellectuels du monde noir tels que : Monsieur Sedar Senghor du Sénégal, Monsieur Rabemanjara de Madagascar, Monsieur Bernard Dadié de Côte-d'Ivoire, Messieurs Césaire et Fanon de Martinique, Monsieur Wright des Etats-Unis. Tous étaient réunis à l'initiative d'un homme : Alioune Diop, fondateur de la revue et de la maison d'édition Présence Africaine. Quel était donc le but premier d'une rencontre aussi exceptionnelle à plus d'un titre ?

Dans la continuité des objectifs de Présence Africaine, ce colloque est une sorte de « brainstorming » géant dont le but est de pouvoir définir la ou les cultures noire(s). Les intellectuels se questionnent donc sur la condition noire, les valeurs et normes les plus larges, susceptibles de définir l'homme noir. Invité à s'exprimer à la tribune, chaque intellectuel va donner sa vision, sa définition du peuple noir. L'amphithéâtre Descartes va, l'espace de trois jours se transformer en un formidable espace d'échanges où se croiseront les différentes idées sur un sujet jusqu'alors occulté par l'histoire : l'homme noir et sa/ses culture(s).

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