NIGERIA : des promesses non tenues

 

Le Nigéria, un pays pourtant si prometteur et finalement si décevant. Un pays soit disant d'avenir qui est aujourd'hui l'un des pays les plus pauvres du monde. Ces mots peuvent paraître durs mais ils reflètent les paradoxes d'une société qui se cherche encore. Instabilité politique, religieuse, sociale, présence incontestable de corruption... Voici les principaux maux qui frappent ce pays.

Le Nigéria c'est avant tout un potentiel important avec un capital humain hors du commun (pays le plus peuplé d'Afrique avec plus de 149 millions d'habitant), et des ressources naturelles abondantes (1er producteur de pétrole avec 2,5 million de barils/jour). Après son indépendance en 1960 le Nigéria était la première puissance agricole du continent africain. En 1980 sa monnaie (le Naira) dominait les monnaies européennes (taux de change entre le deutsmark et le naira : 3,50 deutsmark pour 1 naira) et rivalisait avec l'US dollars (taux de change USD/ Naira : 0,5). Tout ces points positifs lui valent d'être classé au rang de 2ème puissance sub-saharienne derrière l'Afrique du Sud. Et pourtant une instabilité politique demeure.

Depuis son indépendance en 1960, le Nigeria a connu une succession de coups d'Etat. Deux en 1966, un en 1975, puis un autre en 1976. Les premières élections n'ont lieu qu'à partir de 1979. Mais les vieux démons resurgissent en 1983 et replongent à nouveau le pays dans une dictature. La constitution sera rétablie, et en 1999 auront lieu les élections démocratiques qui verront l'arrivée au pouvoir d'un homme emblématique Olusegun Obasanjo qui sera réélu en 2003. A noter aussi qu'entre 1967 et 1970 éclata une guerre civile (aussi appelé guerre du Biafra) des plus sanglante entrainant 1 à 2 millions de morts. Le président actuel Umaru Musa Yar'Adua successeur désigné d'Obasanjo est absent depuis le 23 novembre 2009 pour problèmes de santé. L'intérim à la présidence est donc assurée par le vice président Goodluck Ebele Jonathan et autant dire que cette investiture est très contestée.

Enfin, l'instabilité religieuse reste le problème principal. Le Nigéria est composé de plus de 250 ethnies et trois d'entre elles sont les plus représentatives. Il s'agit des Haoussas qui sont de confessions musulmanes et qui occupent la partie nord du pays. Les Yorubas majoritairement chrétiens occupent la partie sud du pays et finalement les Ibos également chrétiens la partie sud-est. Les récents événements au village de Jos (centre du pays) témoignent d'un mal profond qui se propage. En effet Jos est devenu le théâtre régulier d'affrontements entre chrétiens et musulmans. L'ONG estime à plus de 13.500 le nombre de personnes mortes dans des combats ethniques ou religieux depuis 1999. La principal raison de ces conflits demeure l'appartenance à une religion mais d'autres facteurs aussi importants doivent être pris en considération. Par exemple la pauvreté et l'accès aux ressources. Dans un pays où 40 % de la population vit sous le seuil d'extrême pauvreté, où l'accès aux bourses d'étude et à la fonction publique est restreint, l'agriculture c'est-à-dire le contrôle de la terre prend une place importante. Ce conflit est également alimenté par la sphère politique du pays. Le clivage politique entre le People Democratic Party (supporté en majorité par des chrétiens) et l'opposition All Nigeria People Parti (soutenu par la population musulmane) divise la population et autant dire que l'absence du président actuel Umaru Musa Yar'Adua n'arrange pas les choses. La gestion autoritaire et répressive du conflit par les autorités ne prête pas à l'apaisement et beaucoup ont le sentiment que la police a choisi de se positionner en faveur des Chrétiens. Corinne Dufka, chercheuse pour Human Rights Watch explique qu' « il y a trois facteurs expliquant ce cercle vicieux de la violence : l'impunité, la culture de corruption et de mauvaise gouvernance ».

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Commentaires (6)

1. Tidiane 03/05/2010

Mon point de vue sur la question …

Les raisons évoquées semblent très diverses à première vue. En fait, elles ont un point commun. Elles sont toutes susceptibles de freiner la croissance à court terme.

Comprenez bien. Un président est corrompu ou gère mal son pays, on le démet de ses fonctions et c’est fini. Une guerre ethnique est un drame certes, mais il n’est de guerre qui ne s’achève. Enfin, que le Royaume-Uni ait mis en place un petit réseau ferroviaire dans le pays il y a trois quart de siècle ne dit rien sur l’état du commerce du Nigéria en 2010. Il en va de même des mesures politiques prisent dans le cadre d’organisations telles que la Françafrique. Tout cela n’est que conjoncturel, éphémère, évanescent…

J’ai beaucoup apprécié, Oluwaseun, ta comparaison du Nigéria à la Chine. Elle donne à réfléchir. Qu’est-ce qui fait que la Chine distance avec une telle rapidité les pays d’Afrique ? Est-ce dû à une série de bonnes réformes ? Je ne pense pas. Rappelons-nous que la croissance de la Chine ne sort pas de nulle part : jusqu’au XVème siècle, la Chine était la première puissance mondiale (cf. Comprendre la croissance économique, OCDE).

Bref, mon commentaire étant déjà trop long, je résume mon idée. Le problème du Nigéria est de n’avoir pas encore de SYSTEME économique solide (Code du Commerce, stratégie économique alliant les marchés des biens, de l’emploi et monétaire, etc.).

2. Tidiane 03/05/2010

Ton article…

Je souhaite d’abord te féliciter, Oluwaseun, pour la grande clarté de ton article et ton engagement subtile.

Comme l’illustrent (avec beaucoup de pertinence) les trois parties de conclusion de ton article : le problème du Nigéria est éminemment politique. La question principale est de savoir comment ça se fait que la prospérité d’un pays aussi prometteur semble aussi légère que bancale.

Différentes raisons s’offrent en guise de réponse. On peut y voir les trois facteurs de C. Dufka (impunité, corruption, mal gouvernance), les conflits à répétitions mentionnés dans l’article, ou encore les legs de la colonisation (positifs mais inexploités ou tout simplement négatifs).

3. Giovanni DJOSSOU 02/05/2010

Merci Oluwaseun pour cet exercice réussi. Vous avez su décrire de manière claire les situations passées et actuelles du Nigéria et ainsi éclairer les gens qui comme moi n’étaient pas totalement au fait de son histoire.



Néanmoins en lisant cet article je me rends compte qu’il y a de nombreuses similitudes entre le Nigéria et bien des pays d’Afrique de l’ouest.

Par exemple, on parlait dans les années 70 du « miracle ivoirien » pour expliquer son phénoménal taux de croissance. Sa monnaie (le FCFA ivoirien) était bien supérieure au Peso espagnol ou à l’Escudo portugais. Après la mort d’Houphouët Boigny l’instabilité politique puis les problèmes de religion et de nationalité (Ivoirité)ont fait surface plongeant le pays dans une grave crise économique.



Le fil rouge de votre article est : les fruits de la colonisation que les autochtones n’ont pas su entretenir.



Je porte, pour ma part, un autre regard sur l’évolution semblable de bien des pays d’Afrique de l’ouest. La question un peu triviale qui me vient alors en tête est la suivante : A qui profite le crime ? Comment expliquer que le Nigéria, le Sénégal, la Côte-d’Ivoire, la Guinée aient tous été dans des situations enviables par certains pays d’Europe durant la forte croissance mondiale (45-75) et que par la suite ils aient tous connu une régression non pas due à des problèmes économiques directs mais à des problèmes religieux, politiques qui ont entraîné des situations politiques délicates.


Comment expliquez-vous qu’en 2006, des problèmes politiques qui sont censés se régler entre ivoiriens s’appellent « Accords de Marcoussis » en banlieue parisienne et que la France oblige Gbagbo à intégrer des rebelles dans son gouvernement ?

Je suis d’accord avec vous sur le fait que l’Afrique doit être assez mature pour opérer le changement mais monsieur Olugbenga ne soyons pas trop idéalistes en ce qui concerne l’apport positif des ex-colonisateurs car selon moi le mal qu’ils font aujourd’hui à l’Afrique est nettement supérieur au bien qu’ils ont/auraient pu faire durant la colonisation. Pour être clair je pense que les ex- pays colonisateurs facilitent ces instabilités politiques par le droit d’ingérence qu’ils se sont auto-octroyé.



A la fin de tout cela se pose d’ailleurs la question de la France-Afrique ? Est-elle réellement finie ? C’est la question que je vous pose.

4. Issife 28/04/2010

Très bien l'article tu as décris la réalité de l'afrique

5. Oluwaseun G. Olugbenga 28/04/2010

Merci Maya.
Sur cette photo on peut voir l'ancien président Olusegun Obasanjo et George Bush. Ce choix de photo illustre le potentiel de ce pays.Le fait de traiter avec la première puissance mondiale témoigne d'un statut "important" du Nigeria sur la scène Internationale. Du moins c'est ce que laisse sous entendre cette photo. Mais encore une fois la réalité est tout autre.Avec un nouveau Président qui connait des problèmes de santé,et des conflits religieux fréquents à l'intérieur du pays autant dire que les préoccupations internationales ne sont pas à l'ordre du jour.

Pour faire court je pense que tous les pays d'Afrique sont "prometteurs" car ils détiennent des richesses abondantes. Des richesses naturelles qui font envier tous les autres continents du monde. Ceci devrait être une de nos forces sur la scène internationale et nous permettre d'être "Acteur" mais au lieu de ça on subit...
" Promesses non tenues"

6. Maya Moulaï 26/04/2010

Pourquoi avoir choisi cette photo sachant qu'il n'est pas fait état des EU dans l'article? Le fait que le Nigéria soit au 2ème plan y est t-il pour quelque chose?

Merci pour la qualité de ton article.
Maya Moulaï

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