« Regards sur le NON de la Guinée, octobre 1958 », 2 octobre 2008

 

Le 02 octobre 2008, s’est tenu une table-ronde intitulée « Regards sur le NON de la Guinée, octobre 1958 » organisée par le groupe Afrique-Océan Indien du SEDET. Coordonnée par le professeur Odile GOERG, cette conférence-débat a permis à des enseignants et des doctorants de s’exprimer sur cette période de l’histoire de l’Afrique noire francophone.

Le NON de la Guinée lors du référendum du 28 septembre 1958 frappe comme un coup de tonnerre dans le processus des indépendances, que la France voulait à la fois diriger et négocier par consensus. Cet événement eut un fort impact en Afrique, dans les colonies françaises soumises au même référendum, et dans l’ensemble du continent. Il marqua également en métropole, notamment dans les milieux étudiants africains actifs au sein de la FEANF, et dans l’opinion publique.

Cette table-ronde propose, à un demi-siècle de distance, une analyse du vote de la Guinée dans une triple temporalité et perspective : sa préhistoire, ses conséquences politiques et son destin / ses représentations / son instrumentalisation. Quelle fut la genèse du refus massif (95%) d’entrer dans la Communauté française ? Quel rôle ce geste fondateur de la République guinéenne joua-t-il dans l’évolution politique ultérieure ? Finalement se pose la question des représentations passées et contemporaines du Non de la Guinée et de leur instrumentalisation possible par le régime de Sékou Touré, ses opposants et son successeur.

Cette table-ronde a eu pour objectif de faire le point des recherches portant sur l’indépendance de la Guinée, de proposer des éclairages nouveaux et d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche dans le contexte d’un renouvellement historiographique sur cette question.

L’élément sur lequel portera notre réflexion concerne l’intervention du professeur Anne Hugon sur la Guinée de Sékou Touré et le Ghana de Kouamé N’krumah à travers la presse. L’importance de cette contribution repose sur le rapprochement de deux Etats ouest-africains issus de courants coloniaux totalement opposés, l’un britannique, le Ghana et l’autre français, la Guinée. Le président ghanéen fut par la même occasion, le 1er à reconnaître et à soutenir la Guinée après son refus d’adhésion à la communauté française avec un prêt de 10 millions de sterling. Cette lutte pour l’indépendance et la vision panafricaniste du leader politique Sékou Touré va se solder par la réalisation le 23 novembre 1958 à Accra (capitale du Ghana) par la signature d’une déclaration conjointe en vu de l'établissement de l'union des Etats d'Afrique avec le président ghanéen N’Krumah.

Un demi-siècle après ce combat contre le colonialisme et la lutte pour une indépendance totale du continent africain, de nouveaux combats sont engagés par des dirigeants africains pour disposer d’une autonomie politique économique et financière. C’est dans ces circonstances qu’on arrive à la fin de la tutelle française en Afrique avec crise en Côte d’Ivoire. Cette crise qui sonne le glas de la présence française en Afrique est un symbole fort de la fin de l’hégémonie des intérêts français sur le continent. Antoine Glaser et Stephen Smith l’ont bien développé dans leur ouvrage, comment la France, malgré une longue présence en Afrique a été traitée de « néocolonialiste ». La coopération française a connu de nombreux scandales dont notamment l’affaire « Elf» du Gabon, la guerre civile Rwandaise et Burundaise.

Ainsi, revisiter la période de rupture entre la France et la Guinée en 1958, et donc l’opposition entre de Gaulle et Sékou Touré, nous amène à faire un parallèle entre la rupture entre Chirac et Gbagbo sur la fin de la présence française en Côte d’Ivoire. Cela ne doit pas être une occasion de comparer ces deux grands leaders constituent certes pour l’Afrique des modèles d’homme d’action.

A travers ces lignes qui retracent un pan de l’histoire de l’Afrique des indépendances, un constat majeur se dégage, c’est la recherche de l’autonomie interne et la détermination des leaders politiques à gouverner sans influence extérieure.

Ange GOUE

Commentaires (3)

1. Julien 14/01/2009

Le non guinéen est le point de départ, à mon avis, de la chute de la françafrique. La Guinée est comme on le sait une réserve intarissable de pétrole. Elle se trouve actuellement sous une affluence américaine (pour reprendre Simel). Mais, à l'époque, le pétrole n'était pas une réserve stratégique (comme elle est aujourd'hui).

Donc le "non guinéen" est un message fort, afin de se libérer du colonisateur. De surcroît, les ex-pays colonisés survivaient grâce aux échanges avec l'ancienne métropole (système comme le commonwealth par exemple).

En tout cas, j'espère que tu nous gratifiera d'une suite à ton article comme tu me l'as dit.

2. Nicolas-Simel 12/01/2009

C'est très important de souligner le non guinéen qui à l'époque a été un"coup de tonnerre dans un ciel serein"! faut pas oublier que dans toute l'Afrique subsaharienne, dans les années 1960, Sékou Touré a été une véritable star pour tous ceux qui voulaient d'une rupture totale avec la métropole.
Je ne suis cependant pas sûr que la rupture soit une solution. La Guinée a choisit la rupture et elle n'en n'est pas pour autant plus développée que les autres pays. Les autres pays ont choisi la collaboration et grosso modo ils n'en sont pas plus développés que la Guinée.
Et même s'il ya rupture d'avec la France, il faut bien collaborer avec quelqu'un: les chinois? les arabes de Dubai?les américains? Com dirait Richard Descoings, on est toujours le banlieusard de quelqu'un!

3. Tidiane 31/12/2008

Néocolonialisme

La "rupture" dont tu parles dans l'article est je pense un impératif pour l'Afrique si elle souhaite fuire le destin tragique que d'aucun lui prédise.
Le parallèle avec la situation ivoirienne est à mon sens judicieux car il met en évidence l'inachêvement du processus d'émancipation du continent.
D'ailleurs, si Antoine Glaser et Stephen Smith évoque un "néocolonialisme", c'est selon moi à raison!

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