Denis Sassou N'guesso, portrait d'un chef d'Etat atypique

 

Portrait d'un chef d'Etat atypique

I) Le commencement:les racines, l'idéologie ,la formation

Denis Sassou N'Guesso est né à Edou ,au nord du Congo en 1943. Il est l'actuel président du Congo Brazzaville, à ne pas confondre avec la République Démocratique du Congo (anciennement Zaïre). C'est un Homme qu'on pourrait qualifier « d'homme du terroir » car fils de paysans. Il est issu d'une région, dense en forêt et en cours d'eau (la région de la Cuvette). Un retour sur son parcours nous dévoile qu'il entra très vite dans les forces armées congolaises, en 1961, juste après l'indépendance du Congo(1960). C'est alors, qu'il  perfectionna sa science militaire successivement en Centrafrique, en Algérie et en France, après cette expérience, il intégra le corps des parachutistes par la suite (1964), où il devint sous-chef , à seulement 25 ans. Dès 1963, il adhéra aux idées communistes notamment marxiste. Il se distingua avec l'aide de quatre autres officiers, en faisant destituer l'ancien président Massembat-Débat, exécuté après un procès national. Dans la foulée, il intégra le PCT (Parti Congolais du Travail) dirigé par Marien Ngouabi, sorti de prison grâce à l'aide de ces mêmes officiers. Ce dernier devint président du Congo en lieu et place de son prédécesseur puis, cinq ans plus tard, Denis Sassou N'guesso fut nommé Ministre de la Défense du dernier gouvernement de Ngouabi. Celui-ci fut assassiné, N'guesso assura l'intérim, du 18 mars au 2 avril, avant d'être supplanté par Joachim Yhombi-Opango, il fut le plus gradé à la tête du parti, d'où sa nomination. Il faut préciser que Marien Ngouabi et Joachim Yhombi-Opango sont originaires de la même région que Denis Sassou N'guesso, la région de la cuvette. Ce trio fut également, un trio militaire, où il était le plus jeune. Il avait comme modèle, comme « grand frère », Ngouabi qui était son ami le plus proche.Il connaîtra son apogée, à l'issue du congrès du 5 février 1979, où il devint président de la république du Congo. A travers ce congrès, il se trouva un nouvel adversaire politique: Joachim Yhombi-Opango, qui fut jadis son ami.

II) Les présidences: son règne, sa chute, sa rennaissance

Au cours de ce congrès, où les membres du PCT étaient réunis, il n'était que le numéro 2 du CMP (conseil militaire du parti). Il ne fut désigné numéro 1, qu'à la faveur du désistement de Thystére Tchicaya. Ainsi dirigeant son parti, plus rien ne l'empêchait de devenir président de la République du Congo. Au cours de sa première présidence, il entreprit un plan quinquennal visant à la construction de routes et de ponts. Projet ambitieux, dans la mesure où, toutes les constructions d'infrastructures, au moment de la colonisation étaient destinées à acheminer les ressources africaines jusqu'à la métropole. Néanmoins, ce plan fut un échec, en effet il reposait sur les cours du pétrole. Denis Sassou N'guesso finançait son projet sur les avances de production « d'or noir », c'est-à-dire des prêts gagés sur le pétrole. Mais le cours se révélait particulièrement faible. Du coup, le président congolais fut obligé de se tourner vers le FMI (fond monétaire international). Le FMI consentit à aider le Congo, mais il imposa, comme il le fait généralement, une démocratisation du pays et la transparence des finances. Sur le plan international, il entretint de très bon rapport, notamment avec son « gendre » gabonais Omar Bongo Ondimba qui épousa sa fille aînée Edith. Il appuya aussi Eduardo dos Santos, président angolais, dans sa lutte contre l'Unita. Sa main-mise sur la région se dévoila au plus grand jour, lorsqu'il devint le Président de la CEECA (Comité économique des Etats de l'Afrique centrale).Il continua également d'entretenir de très bon rapport avec l'ancienne métropole qu'est la France. Pour sortir de son isolement politique, il renonça en 1986 à ses idées marxistes, cette volonté avait été facilitée par l'affaiblissement du pouvoir de l'URSS. En effet, depuis l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l'Etat, la décision fut prise de ne plus s'ingérer dans la politique des autres pays. Le 13 décembre 1988, il réunit les chefs d'Etats d'Afrique du Sud et d'Angola, afin de sceller les accords de Brazzaville mettant fin à la guerre international en Angola. Le 25 février 1991, Sassou N'guesso fut mis sous pression, notamment par les travailleurs qui menacèrent de descendre dans la rue. Cela l'obligea à organiser une conférence qui va battre son plein. Lors de cette conférence nationale, on lui retira son pouvoir pour le confier à son 1er ministre André Milongo. Mais ce n'est pas tout, on l'accusa notamment des assassinats perpétrés suite à la mort de Marien Ngouabi. On l'incrimina aussi d'être l'instigateur du crash du DC 10 d'UTA dans le désert de Ténéré. Ces accusations vinrent notamment de personnes qu'ils considéraient comme des amis. Mais malgré l'adversité, il avait su gardé son calme tout en faisant face aux accusations. Mais ces nouveaux adversaires avaient mis un point final en l'évinçant. Lors de l'élection présidentielle de 1992, Sassou N'guesso n'arriva que 3éme. Eliminé et donc pas présent au 2éme tour, il apporta son soutien à la candidature de Pascal Liboussa. Ce dernier finira par remporter les élections et devenir le nouveau président congolais. C'est alors que débuta la traversée du désert, il se retira dans la ville d' Oyo , son fief, où il organisa ses milices appelées Cobra. Depuis son départ du pouvoir, le pays subit une guerre civile opposant Pascal Liboussa, président élu du Congo à son dauphin Bernard Kokélas. En 1995, Denis Sassou N'guesso quitta son Congo natal pour s'installer en France, à Vésinet, pour organiser sa milice . En 1997, il rentra au Congo, mais dès le mois d'avril, des assassinats fut perpétrés par ses troupes, puis des forces de police avaient été envoyées au domicile de Denis Sassou N'guesso à Mpilia (Brazzaville), où les tueurs se furent réfugiés. Ces derniers font feu sur les forces de polices. C'est ainsi que Liboussa décida d'envoyer ses chars, sur le domicile de l'ex-président. Ce dernier n'hésita pas à riposter à la mi-octobre, ainsi la milice Cobra ,avec le soutient des troupes de l'Angola, reprit Brazzaville. N'guesso revint au sommet de l'Etat, après l'avoir quitté 5 ans auparavant. Il en profita pour suspendre la constitution en vigueur, malgré le fait qu'elle ai été adopté par référendum à 93% . Il adopta une nouvelle constitution, puis il fut élu au suffrage universel le 10 mars 2002 à 89,54% . Lors du sommet de Khartoum, Denis Sassou N'guesso avait été désigné président pour un an de l'Union Africaine (UA).

III) La controverse: extérieure,religieuse, familiale

Denis Sassou N'guesso a un parcours politique fascinant; fascinant dans le sens où il a grimpé tout les échelons sociaux pour atteindre le poste de président. Il a connu une traversée du désert assez longue (5 ans), malgré tout il a pu se relever. Néanmoins, ce président est très contesté en Afrique ; il ne fait pas non plus l'unanimité au sein de l'opinion international . Sa contestation en Afrique vient notamment du fait, de sa proximité avec l'Etat français. En effet, Denis Sassou N'guesso entretenait des liens privilégiés avec Jacques Chirac. Dans les années 1980, les deux hommes se rencontrèrent, le second n'étant encore que Maire de Paris. Cette rencontre donna lieu à une amitié indéfectible. Cette attitude avait été dénoncée par de nombreux pays africains considérant, Denis Sassou N'guesso comme le témoin des vestiges de cette France-Afrique. Il faut aussi souligner qu'il appartient à la Franc-maçonnerie. Il est de plus le Grand Maître de la Loge du Congo Brazzaville. Une organisation, affiliée à la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Cette appartenance montre encore un peu plus, son attachement à l'ancienne métropole. Denis Sassou N'guesso est connu pour ses frasques, ses dépenses personnelles faramineuses, alors que son pays croulent sous le poids de dettes considérables: plus de 9 millards de dollards. En 2006, plusieurs journalistes américains avaient révélé que pendant un séjour à New York de cinq nuits, dans l'hôtel Waldorf Astoria, il avait cumulé £12000 la nuit soit un montant total £73000. Lors d'un autre séjour à New York pour assister à l'assemblé général de l'ONU en septembre 2006, ses proches avaient occupé 44 chambres, soit un total de £130000. Enfin, on lui reproche également de mettre en place un pouvoir familial. Sa fille Claudia, l'épouse de feu Martin Lemboumba, est sa conseillère en communication. Ses neveux (Jean-Dominique Okemba et Edgard Nguesso), ses oncles (Emmanuel Yoka, Michel Ngakala) ou quelques fils du clan (Bruno Itoua) occupent aussi des fonctions importantes. Son clan a en outre la main basse sur le pétrole congolais, à travers la SNPC (société nationale des pétroles du Congo). A la fois tenace et intelligent, cet homme politique qui a dû tout affronter durant sa carrière est un personnage incontournable parmi les dirigeants africains. Au fond, faire face à l'adversité, gagner contre vents et marées est l'une des caractéristiques des « monstres politiques », comme a pu l'être Jacques Chirac également. De là, on peut tout de même se demander si c'est un bon dirigeant africain.

Julien NAGIER

Commentaires (1)

1. Tidiane 31/12/2008

Je trouve que ce portrait se différencie nettement de ceux que l'on a l'habitude de lire, de voir et d'entendre concernant M. N'Guesso. L'article ne sombre pas dans une critique sans fin, ce qui est original. La comparaison avec Jacques Chirac dans la conclusion l'est tout autant.
Toutefois, on déplorerait presque une certaine compassion à l'égard du dictateur...

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