Idi Amin Dada : le Tyran

 

Des dictateurs, l'Afrique en connut. Si il y en a bien un qui se distingue, de par sa fantaisie et son fanatisme, c'est bien Idi Amin Dada. Dès lors, on peut se demander, comment cet homme a pu agir en toute impunité ?  Comment et pourquoi les néo colonisateurs qu'ils soient français, américains ou anglais ont-ils pu laisser faire ?

Après l'indépendance en octobre 1962, Amin Dada connut son ascension

 Il ne fut, au départ, qu'un simple cuisinier employé de l'armée coloniale britannique. Puis, il devint soldat, sa carrure étant plus idoine à cette tâche ( 1m91 plus de 100kg).  Dès lors, son ascension vers le pouvoir débuta.  En 1960, il dirigea, suite à la mort d'un officier britannique, la région du Karamoja1.  Il sera félicité de son commandement pour  « avoir rétabli le prestige de la loi de l'ordre dans la région du Karamoja ». On lui imputa quelques actes répréhensibles : à savoir, l'exécution de trois guerriers Turkana et alignement des autres, leur sexe posé sur une table, menaçant de les couper s'ils ne révélaient pas leur cachette d'armes.  En 1961, il fut promu officier, l'un des deux seuls ougandais parvenus à ce rang,  avec le grade de lieutenant. On le renvoya dans la région Karamoja en 1962, où il commit de nombreux massacres à l'encontre des nomades Turkana.  Une enquête fut ouverte, mais elle ne déboucha nulle part, Amin Dada joua de ses bonnes relations au sein de l'armée britannique. De surcroît, les historiens s'accordent à dire, que les colons anglais et français favorisèrent l'ascension de soldats peu instruits. Ainsi, les anciens colonisateurs jouissaient d'un contrôle indirect sur les futures armées nationales.

Après l'indépendance en octobre 1962, Amin Dada connut son ascension. Tout d'abord nommé, par le 1er ministre Milton Obote2, capitaine le remerciant de son soutien, puis, il accéda au rang de commandant adjoint en 1964. En 1966, il atteignit le plus haut rang de l'armée ougandaise : le grade général lui conférant le rang de chef d'état-major.

Jouissant de son nouveau statut, il arrêta plusieurs ministres, laissant le champ libre à son ami Obote pour Reigner sur l'Ouganda.  Ce dernier se proclama président de l'Ouganda, contraignant le désormais ex président Mutesa II3 à l'exil. En décembre 1969, une tentative d'assassinat échoua à l'encontre du président. Amin Dada s'enfuit de chez lui, quand des militaires se présentèrent à sa porte pour lui notifier la nouvelle. Le brigadier Pierino Okaya accusa publiquement Amin Dada de désertion.  Le 25 janvier 1970, Okoya fut assassiné. C'est ainsi que les relations entre Idi Amin Dada et Milton Obote se tendirent. Amin Dada fut contraint en résidence surveillée et il perdit son commandement. En apprenant qu'Obote projetait son arrestation, Amin Dada réagit de suite, en fomentant un coup d'Etat. Ce dernier fut un succès, car il prit le pouvoir le 25 janvier 1971.  Les dérives socialistes d'Obote permirent à Amin Dada de jouir d'un soutien du monde occidental. Par ailleurs, a posteriori, un soutien logistique américain et israélien pour renverser le président en place fut évoqué, sans pour autant être clairement démontré.

Une ONG a remis un rapport à l'ONU estimant entre 25 000 et 250 000 le nombre des personnes arbitrairement assassinées depuis le coup d'Etat

Son règne durera huit ans, huit ans ponctués de massacres au sein même l'armée. Amin Dada soupçonnait certains de ses membres d'être toujours fidèles à Obote.  La répression menée par les tueurs nubiens des trois services à la solde d'Amin Dada (la police militaire,  le State Research Bureau et le public Safety Unit) se poursuivra plusieurs mois.  Leurs exactions reprendront après la tentative d'invasion des hommes d'Obote. En 1972,  Amin Dada donna aux 60 000 Asiatiques, principalement des Indo-pakistanais, présents sur le territoire un délai de 90 jours pour quitter le pays. Il étendit cette mesure aux 80 000 Asiatiques du pays. 50 000 quittèrent le pays, les autres furent déportés des villes vers les campagnes. Durant cette période, les soldats ougandais pillèrent et violentèrent les Asiatiques. Le Royaume-Uni et Israël, principaux alliés de l'Ouganda, commencèrent à restreindre leur aide et refusèrent l'envoi de nouvelles armes se rendant compte de l'ignominie absurde d'Amin Dada. Il se lança, par ailleurs, dans une chasse ubuesque à tous ceux qui voulaient nuire à son régime. Des personnalités éminentes furent éliminées des médecins, des professeurs, des hommes d'Eglise, des hommes d'affaires, des hauts fonctionnaires et des politiciens. En 1974, une ONG indépendante remit un rapport à l'ONU estimant entre 25 000 et 250 000 le nombre des personnes arbitrairement assassinées depuis le coup d'Etat de janvier 1971.

Amin Dada, depuis son coup d'Etat, s'était proclamé maréchal puis président à vie. Il s'accorda  toutes sortes de récompenses dont la Victoria Cross et la Military Cross, au titre de campagnes militaires, qu'il s'était inventé. En juillet 1975, le sommet de l'Organisation de l'unité africaine4 eut lieu finalement à Kampala, où Amin Dada se vit accordé la présidence de cette même organisation. En prévision de la réunion, l'Ouganda se dota d'une parade de Mercedes rutilantes. De plus, on organisa de nombreux évènements : élection d'une « miss OUA », ainsi qu'un rallye automobile, auquel devrait participer le maréchal en personne, au volant de sa Citroën- Maserati. Par ailleurs, Amin Dada organisa des manœuvres militaires, sur les rives du lac Victoria, censées représenter l'attaque du Cap, en Afrique du Sud, par les forces panafricaines commandées par celui-ci. Après sa rupture avec l'Occident, il entretint des relations fortes avec les mouvements palestiniens. Le 27 juin 1976, le vol 139, un airbus d'Air France, en direction de Tel Aviv, fut détourné. L'avion se posa à l'aéroport international d'Entebbe situé à 32 km de Kampala. Les preneurs d'otages demandèrent la libération de 53 palestiniens de la Fraction armée rouge. Amin Dada se fit passer pour médiateur dans cette histoire, alors que ses propres troupes furent impliquées. Le 3 juillet 1976, des commandos israéliens attaquèrent l'aéroport et libérèrent tout les otages. Sauf un, Dora Bloch, une femme âgée de 75 ans qui avaient été emmenée à l'hôpital avant l'assaut. Elle fut assassinée par deux officiers ougandais sur ordre direct du dictateur.

En 1978, faisant face à des soulèvements, Amin Dada choisit la fuite en avant et lança ses troupes à l'assaut d'une enclave tanzanienne en territoire ougandais, Kagera, à l'ouest du lac Vitoria.  La Tanzanie, dirigé par le président Julius Nyerere5, déclara la guerre à l'Ouganda. Le 12 avril 1979, l'armée tanzanienne délogea, avec l'aide d'exilés ougandais, l'armée ougandaise. Malgré le soutien de troupes libyennes, les Ougandais ne purent arrêter leur contre-offensive. Le 12 avril 1979, Kampala tomba, et Amin Dada s'enfuit, d'abord en Libye, puis en Irak et finalement en Arabie Saoudite. Obote revint au pouvoir, par la suite, et avec lui, hélas, les massacres reprirent de plus belle.

On constate le laxisme de nos Etats occidentaux devant les massacres engendrés par ce tyran. Ceci est dû fortement au contexte de guerre froide. C'est aussi en grande partie ce qui explique son ascension. Il avait l'avantage de ne point partager les idées trop « socialistes » de son rival Obote et un manque de culture qui aurait pu permettre un contrôle éventuel.  L'histoire montre néanmoins que l'incurie relative des Etats occidentaux  peut parfois jouer quelques tours. Sadam Hussein en est peut-être un autre exemple.

 

Julien Nagier

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1Province située au nord-est de L'Ouganda. Elle est peuplée de plusieurs ethnies dont : les Karamojong, les Pokot et les tribus des montagnes.

2Milton Obote (28 décembre 1924 - 10 octobre 2005), est un homme politique ougandais considéré comme le père de l'indépendance. Opposant farouche d'Amin Dada puis de Yoweri Museveni.

3Edward Mutesa II (19 novembre 1924 - 21 novembre 1969) était un roi du Buganda et premier président de l'Ouganda de 1962 à 1966.

4Organisation qui fut dissoute en 2002 pour être remplacé par l'Union africaine (UA).

5Homme politique tanzanien qui fut premier ministre de 1960 à 1961, puis président du 29 octobre 1964 au 5 novembre 1985.

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