Recul de la démocratie en Afrique : une fatalité ?

 

L'année 2009 a mis en exergue un phénomène qui touche un nombre croissant de pays d'Afrique : le reflux de la démocratie. Cela se traduit par une succession de coups d'Etats, d'élections truquées ou par la naissance de « systèmes dynastiques » dans lesquels le président choisit son successeur à la présidence. Les exemples abondent. 

En Mauritanie un an après son coup d'état militaire (effectué en Aout 2008) Mohamed Ould Abdelaziz gagne les élections présidentielles aux dépens d'un président élu. En Guinée Conakry la répression du 28 septembre 2009 contre l'opposition est le symbole de la dérive autocratique du capitaine Moussa Dadis Camara (qui s'était autoproclamé président en décembre 2008)

Mamadu Tandja, président nigerien, s'est accordé le droit de briguer autant de mandats présidentiels qu'il lui plaira, après avoir modifié la constitution à la suite de sa victoire au « referendum »d'Août 2009. Cette victoire était d'autant plus facile que ce dernier a pour habitude de neutraliser ses opposants. Notons que Mamadou Tandja s'était érigé en fervent défenseur de la démocratie en s'engageant vis-à-vis de la France à partir la tête haute à l'issue de son deuxième mandat. Paul Biya (président du Cameroun depuis 1982) est aussi un adepte du « bricolage constitutionnel » et le président burkinabé, Blaise Kompaoré s'apprêterait, à suivre cette voie.

L'exemple du Gabon est surement le plus éloquent lorsqu'il s'agit d'élection à caractère « dynastique ».En effet l'élection d'Ali Bongo (ayant succédé à son défunt père) a été, à juste titre, très controversée. Dans la même logique Karim Wade et Francis Bozzizé (les fils respectifs des actuels présidents sénégalais et centrafricain) avancent dans l'arène politique avec le soutien de leurs pères...De même en Tunisie Ben Ali, après avoir passé 22ans au pouvoir, semble vouloir donner le flambeau à un de ses beaux fils.

Cette liste d'exemples, loin d'être exhaustive, met bien en lumière le fait qu'il y a bien une inquiétante régression de la démocratie en Afrique.

Ce recul est d'autant plus inquiétant qu'il peut s'expliquer, en partie, par 2 causes dites « structurelles » souvent mises en avant.
Je fais référence ici d'une part à la faiblesse de l'appareil étatique héritée de l'ère coloniale. Cet appareil est actuellement trop fragile pour contenir les ambitions autocratiques de certains dirigeants et pour supplanter la logique « ethnique » des élections.
D'autre part depuis les indépendances, les anciennes métropoles ont toujours manifesté un fort attachement aux régimes africains en place (aux dépens de l'alternance politique) afin d'assurer la pérennité de leurs intérêts.

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Commentaires (14)

1. Yacob (site web) 30/11/2009

Je te félicite kevin pour ton cri de coeur et ton esprit d'analyse. Nous partageons le même idéal mais sachons que tant que les Africains passeront leur temps à accuser les autres , on ne pourra pas se développer. nous devons nous remettre en cause,et je suis d'accord avec certains pour dire que la responsabilité de l'échec des africains incombe à ses dirigeants et aux peuples.J'aimerais vous inviter sur mon blog afin qu'on poursuivre. j'ai des articles qui pourront vous intéresser et j'ai besoin de vos commentaires

http://democratieenafrique.blogspot.com/

Et sur Facebook:

http://www.facebook.com/pages/POUR-LA-VRAIE-DEMOCRATIE-EN-AFRIQUE/187938761300?ref=mf


Merci!

2. Lyli. 15/11/2009

Pourquoi choisisent-ils leur successeur ?
C'est de la triche et pourtant, personne ne se sent assez puissant pour contester...
Pff,il n'y a que l'Afrique pour faire ca -_-

3. NOUGOUA.K 15/11/2009

Une autre remarque à ton attention Giovanni:Tu affirme que la situation est trop fragile en Afrique pour demander aux populations de changer de dirigeants tous les 5ans.Je ne pense pas que le retard ou la fragilité économique soit une raison pour légitimer le fait qu'un président reste au pouvoir sans respecter la démocratie.Au contraire, je pense que l'alternance démocratique est dans
l'intêret des pays d'Afrique.En effet Paul Biya est au pouvoir depuis 1982,pourtant la situation économique au Cameroun est toujours très inquiétante.
Tu pourrais me dire que Jerry Rawlings est resté au pouvoir de 1981 à 2000 et que pourtant la situation économique au Ghana est très encourageante.C'est vrai, cependant de 1992 (date de mise en place de la constitution)à 2000 il a été élu démocratiquement.De plus en 2000 il a cédé sa place de bonne grace en respectant la constitution qui lui interdisait de faire plus de deux mandats.
La démocratie dans son FONCTIONNEMENT peut donc seoir aux pays d'Afrique.

4. NOUGOUA.K 15/11/2009

Giovanni j'aimerais répondre à ton commentaire en quelques mots.
A propos succession à caractère "dynastique".Je pense, contrairement à toi, qu'il s'agit d'élements prouvant le manque de démocratie en Afrique tout simplement car ces élections ne s'effectuent pas du tout dans un cadre démocratique (cf.Election d'Ali Bongo).D'ailleurs je trouve tes exemples (Carno,Debré,Cailloux)assez peu pertinents dans la mesure où aucun membre de ces familles n'a joui de manquements démocratiques (du moins officiellement).

5. chewa 10/11/2009

Je suis content de ta réaction Géovanni, enfin je suis soulagé de voir une contribution qui prend de la hauteur et ne se contente pas de reprendre les commentaires de journaliste.
Pour Tidiane, juste pour te dire que j'attends toujours ta réponse, cependant l'importance d'un contexte culturel proprement africain sera indispensable à toute réelle volonté de stratégique économique de long terme.

6. Giovanni 10/11/2009

Je tiens à préciser tout d’abord que je suis en grande partie en accord avec Chewa sur ce qui a été dit précédemment.

Mais avant je voudrais féliciter Kévin pour son article où il a su à la fois tirer une analyse claire et juste de la situation et mettre le tout en perspective à la fin de l’article.

Tout comme toi Kevin, je pense que la situation démocratique actuelle des pays d’Afrique est due principalement à un manque de tradition démocratique du fait de la colonisation.
La démocratie, DANS SON MODE DE FONCTIONNEMENT (et non dans ses principe et valeurs) est quelques chose de totalement étranger à l’Afrique et c’est avant tout pour cela que la situation est telle aujourd’hui. Après, tout comme tu l’as souligné, ce sont les dirigeants africains qui sont à fustiger et à pointer du doit, car il n’ont pas la sagesse nécessaire pour se rendre compte de la situation ni le pouvoir d’ouvrir de nouvelles voies à un continent dont l’avenir semble condamné à être morose.

Là où je ne suis pas d’accord en revanche c’est sur t’as première analyse qui me semble excessivement dure. Quand tu me parles de dynasties à la tête des Etats en Afrique, je pourrais te citer quelques noms pour te montrer que ce n’est pas un système propre à l’Afrique: Carno, Debré, Cailloux, autant de noms de « dynasties » politiques en France, alors que la France a une tradition démocratique bien plus importante que n’importe quel pays d’Afrique. De la même manière quand tu me parles de népotisme, je pourrais bien évidemment te donner l’exemple de napoléon mais pour rester dans l’air du temps je prendrais tout simplement la récente nomination avortée de Jean Sarkozy. Tout cela pour te dire que je ne suis pas sûr que les dynasties et le népotisme soient des éléments indéniables prouvant le manque de démocratie des pays d’Afrique. Enfin je dirais que dans SON FONCTIONNEMENT, la démocratie n’est pas un système qui sied aux pays d’Afrique. La situation est tellement fragile dans ces pays que l’on ne peut pas demander à la population de changer de dirigeant tous les 5 ans. Tu nous parles du Ghana comme l’un des pays les plus démocratiques d’Afrique et je suis entièrement d’accord avec toi. Mais cette situation a été obtenu grâce aux convictions et à l’acharnement d’un homme : Jerry Rawlings, resté au pouvoir de 1981 à 2001 et qui à pris le temps de reconstruire son pays, lui redonner principes et valeurs, bref lui construire une nouvelle IDENTITE. Surtout il a su lui donner un avenir.


Je suis d’accord avec Chewa tout simplement parce que si, bien évidemment, les dirigeants africains sont aujourd’hui responsables de la situation des différents pays, il n’en reste pas moins que la situation initiale a été provoquée par 4 siècles d’esclavages et un et demi de colonisation. Il est clair qu’il ne faut pas se servir de ces éléments comme source d’une légitime lamentation, mais juste pour se souvenir, car quoi qu’on en pense, l’esclavage et la colonisation font parties de notre histoire, de notre IDENTITE, à nous Africains. Cela dit, comme le pense très justement Tidiane, nous n’avons rien à attendre de l’occident et l’avenir de l’Afrique, c’est aux Africain de le construire.

7. Tidiane 10/11/2009

Par "structurel", j'entends essentiellement des questions de politique économique.
Le développement est une nécessité certes, mais tous les types de développements ne se valent pas.
A mon sens, les dirigeants africains doivent sélectionner une politique qui, au plus vite, permettra d'obtenir des rendements d'échelle croissants.

Ce que je dis là est assez général. Je le développerai bien plus avant dans mon prochain article.

8. chewa 07/11/2009

Vraiment!! tu y crois vraiment Mr Nougoua? Je pense que tant que vous n'aller pas saisir la complexité des problèmes qui accablent l'Afrique, vous continuerez à produire des réflexions qui ne seront que des voeux pieux. Il y a même qui pense que le passé du continent devra être laisser enfoui dans les méandres du passé , croyant ainsi mieux embrasser la modernité. Il y a ceux qui croient que la démocratie pur et parfaite résoudra nos problèmes. Comme naïf sommes nous!! Je constate seulement que nous beaucoup comme vous souhaite des réformes dans le conformisme actuelle, j'aurai due dire dans l'ordre politique actuel. Mais moi je pense qu'il faudra une rupture bien plus profonde.Il faudra assumer collectivement notre pauvreté et prendre évidemment toute notre responsabilité pour construire lentement mais sûrement notre renaissance. Le drame, c'est de croire qu'il ne faut pas pointer du doigt ceux qui ont encore les intérêts coloniaux dans notre continent, en particulier les anciennes puissances coloniales. Il me semble que vous semblez minimiser l'importance de leurs rôles dans la situation actuelle de notre situation actuelle.Ce qui me semble être une naïveté incroyable en 2009.
Moi je ne souhaite ni plaire, ni être classé dans la catégorie des gens qui parle bien et qui se complaise dans le conformisme des intellectuels qui souhaite plaire à l'occident et avoir un morceau de pain, je suis pour la rupture, la vraie.
Je te propose de lire cette article de la juge d'instruction Eva Joly cela te permettra de voir s'il faut ou pas prendre en compte avec force le rôle de la France en Afrique francophone.
http://www.camer.be/index1.php?art=7717
Bonne lecture!

9. NOUGOUA.K 07/11/2009

Chewa,pour ma part je rejoins le point de vue de Julien.En effet je pense qu'il est inutile il de fustiger sans cesse l'ancienne puissance coloniale dans la mesure où l'Afrique se fait exploiter par toutes les grandes puissances.De plus, comme je me suis efforcer de le dire dans mon, article le rôle très négatif joué les classes dirigeantes africaines ne doit surtout pas être négligé.

Je ne fuis pas pour autant"la réalité du fcfa, de la francafrique, du pillage des richesses du continent".Je pense seulement qu'en 2009 le coeur même du problème n'est plus là.Il est tant pour les Africains de se prendre pleinement en main.

10. chewa 06/11/2009

Il fait bon de fuir la réalité!! mais cela ne m'étonne pas du tout!
Il serait d'après moi suicidaire de nier la responsabilité des dirigeants africains dans la situation calamiteuse que vie l'Afrique depuis des siècles maintenant. Cependant épargner les occidentaux de leurs responsabilités dans la situation passée et actuelle serait un suicide intellectuel et stratégique. pour faire un assez bon diagnostic, il faut à la fois prendre en compte les environnements internes et externes qui ont un impact sur la politique, l'économie, la culture, bref la santé de ce sur quoi on souhaite réaliser une analyse. Du courage à ceux qui veulent fuir la réalité du fcfa, de la francafrique, du pillage des richesses du continent, un seul mot, continuer!!!!
S'il te plaît Tidiane précise ce dont tu entends par problèmes structurels!! ce serait intéressant!

11. Tidiane 06/11/2009

C'est vrai, merci Kevin pour cet article très clair.

Je veux revenir sur la discussion en cours. Je suis entièrement d'accord avec toi, Ange. Rien ne sert de systématiser les critiques à l'égard des pays occidentaux. Il ne faut pas s'abstenir de souligner en priorité les problèmes structurels de l'Afrique.

Pourtant, je ne serais pas si radical. Car si, pour moi, s'en prendre à la France (et autres) continuellement est stérile d'un point de vue intellectuel, je suis persuadé qu'il faut tout de même rappeler que ces pays sont aussi responsables de cette situation. Si on ne le mentionne pas, personne ne le fera et ça sera écarté de l'analyse que l'on fait de l'état du continent.

Mais je répète : le systématisme est intellectuellement stérile !

12. Ange Fleury (site web) 06/11/2009

je voudrais juste remercier Kevin pour cette analyse claire, riche et ma foi encrain à l'actualité.
L'Afrique depuis les indépendances a connu et suscité inquiétudes et pessimisme.La démocratie en est un élément patent et je suggère qu'il nous faut penser autrement, en évitant régulièrement d'incriminer la France ou la Grande Bretagne. Quand est-ce que l'Afrique se prendra t-elle en charge pour assumer ses propres responsabilités? La croissance de la démocratie reste et demeure une question des africains eux-même. je reste persuadé que la situation de la démocratie n'est pas une fatalité et que le moment viendra ou une prise de conscience collective des populations aboutira à un véritable changement. Je vous invite à prendre connaissance de mon prochain article ou vous partagerez avec moi les défis qui nous attendent.

13. Julien 06/11/2009

Très bel article Kevin. Rien à dire de plus.

Par contre, je vais répondre à Chewa. Pourquoi tu reportes la faute constamment à la France ? A ses colonies ? Pourquoi tu ne parles pas de la colonisation comme un ensemble ? Tu omets volontairement les portugais, les belges, les britanniques, les allemands et les italiens (dans une moindre mesure).

Tous ont participé à cette colonisation, premier point, donc ton argument risible, et forcément incorrect.

Les britanniques ont changé quoi ? Qu'est-ce que le commonwealth ? En quoi, il se différencie du régime post-coloniale français. La France a bon dos avec toi.

Le Nigéria est une ancienne colonie britannique, en quoi est-elle mieux lotie que les ex-colonies françaises ? Ou le Libéria, tiens ? Qu'en penses-tu du Libéria ?

Et puis, je te rappelle que les poumons économique de l'Afrique sont le Sénégal et la côte d'Ivoire, qui connaissent très peu de trouble. Du moins, ce n'est que récemment pour la Cote D'Ivoire (trouble provoquée par une lutte américano-française).

Sors de tes ornières, quand tu comprendras que l'Afrique se fait exploiter par tous les Etats, on aura franchi un grand pas : que ce soit les Etats-Unis, La Chine ou la France.

Enfin, dernière chose, je suis tout à fait d'accord avec Kévin. L'Afrique ne doit pas subir sans réaction, subir ses dirigeants, cette situation aussi due en partie à cause des populations : de l'intelligentsia (comme l'a souligné Tidiane dans un précédent article) et des classes dirigeantes, en général, plutôt imbues de leur propre personne que du bien-être collectif.

En conclusion, il est très facile de fustiger une personne, mais un meurtre à grande échelle, il n'y a pas qu'un seul coupable.

14. chewa 05/11/2009

Si tu regardes avec précisions, tu verras que ce n'est pas dans tout l'Afrique que la démocratie recule!!! toi même tu sembles citer quelques pays qui se révèlent tous être des pays francophones!! La grande Bretagne semble avoir petit à petit modernisé son approche des relations avec l'Afrique en se qui concerne un ingérence trop prononcée dans ces anciennes colonies ce qui n'est malheureusement pas le cas de la France. Elle ne peut véritablement pas vivre sans nous. Elle préfère continuer à parler des bien fait de la colonisation, soutenir ces dictateurs francafricains au nom de ses intérêts, et même nier l'histoire de l'Afrique.
N'écrivons pas seulement, mettons nous en actions concrètes pour libérer notre continent.

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