2009, Elections présidentielles en Tunisie

     Dimanche 25 octobre 2009 auront lieu les élections à la Présidence de la République tunisienne. L’enjeu n’est pas de savoir quel sera le résultat de ce plébiscite néo-napoléonien mais bien de se projeter à l’horizon 2014, échéance à laquelle une nouvelle candidature du Président sortant serait tout simplement anticonstitutionnelle. Au cours du mandat à venir, une révision de la Constitution n’est cependant pas à exclure ; l’avenir seul nous le dira.

 

 

 

     Si un certain espoir peut transparaitre quant à l’évolution de la situation tunisienne à l’horizon 2014, le constat est aujourd’hui affligeant. Que l’on se penche sur la situation politique, sociale et contrairement au discours officiel sur la situation économique, le tableau est noir. Telles semblent être en tout cas les conclusions des différentes composantes de l’opposition au régime Ben Ali à la veille du lancement officiel de la campagne. Elles se sont d’ailleurs rencontrées samedi 10 octobre 2009, dans le cadre d’une journée-conférence au sein de l’Institut d’études Politiques de Paris (Sciences Po). Etaient présents parmi d’autres Sanaa Ben Achour, présidente de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates, Mustapha Ben Jaafar, chef du Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés ou encore Moncef Marzouki, président du Congrès pour la République.

 

 

 

     Tous s’accordent à dire que cette élection est une véritable mascarade. Le résultat est connu de tous et au vu des conditions dans lesquelles elle se déroule, rien ne laisse présager le contraire. Le jeu politique est totalement faussé et le combat pour les urnes est tout sauf équitable. Cette consultation « démocratique » se déroule dans un contexte hégémonique dans lequel l’appareil exécutif n’hésite pas à user de toutes les armes à sa disposition pour être le seul véritable acteur, pour s’assurer une mainmise de bout en bout. L’élection en deviendrait presque une affaire administrative et non plus politique. C’est ainsi qu’au mois de mars, après l’annonce officielle de la candidature du Président sortant (le suspense a été entretenu jusqu’au bout), en plein centre ville de la capitale, une grue s’est ni plus ni moins chargée d’arracher une affiche de Ahmed Ibrahim, candidat du parti Ettajdid aux élections présidentielles.

     La lutte pour accéder au palais de Carthage est ainsi illusoire pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, l’espace public est totalement clos à la revendication démocratique. Les médias servent au contraire à fabriquer un unanimisme acquis à la cause du régime. Ils couvrent de manière absolument inégale le candidat du parti au pouvoir, le RCD (Rassemblement Constitutionnel Démocratique) et l’opposition. Il s’agit pourtant des journaux et de la télévision publique, pour laquelle les citoyens paient un impôt (la redevance) et qui se doit donc de remplir son rôle de service public. Ainsi, les citoyens qui se déplacent pour voter le 25 octobre ne connaissent qu’à peine les autres candidats à la présidence. Certaines des listes présentées aux élections législatives - qui se déroulent en parallèle des élections présidentielles - par les partis d’opposition ont été invalidées. Les circonscriptions concernées s’avèrent être fortuitement les pôles urbains dans lesquels un nombre considérable de sièges au Parlement sont en jeu. Cette omniprésence du discours officiel sur tous les canaux de diffusion nationaux sert au contraire à discréditer l’opposition en la présentant comme une force désorganisée, dans l’impossibilité de s’entendre et parfois même antipatriotique et déconnectée des réalités nationales (il est reproché aux partis d’opposition leur connivence avec l’Occident et une certaine méconnaissance du terrain du fait que certains de leurs cadres vivent en exil).

     Le régime fait preuve d’une grande subtilité pour permettre l’émergence d’une opposition choisie et contrôlée sans pour autant que ce choix ne paraisse antidémocratique. En témoigne l’article 40, alinéa 3 de la Constitution tunisienne : « le candidat (à la Présidence de la République) est présenté par un nombre de membres de la Chambre des députés et de présidents de municipalités, conformément aux modalités et conditions fixées par la loi électorale ». Etant donné la nature du régime, il n’est guère difficile de deviner à quel parti appartiennent ces élus et de conclure qu’ils ne disposent en réalité d’aucune liberté quant aux soutiens à apporter. Ainsi, derrière un formalisme mensonger, le pouvoir exécutif peut ainsi expliquer que tel ou tel leader politique d’opposition ne peut se présenter aux élections en vertu de dispositions constitutionnelles.

     La tenue des précédentes élections recèle en elle-même de nombreux éléments qui permettent légitimement de douter que plus de 99 % de la population tunisienne aie voté pour le Président sortant (comme la coloration de certains bulletins de vote ou l’absence d’isoloir). Ceci amena un membre de l’opposition à conclure de la sorte : « Dans une véritable démocratie, le vote est secret et le dépouillement est public. En Tunisie, c’est l’inverse, le vote est public et le dépouillement est secret ».  

     Sur le plan social, la situation n’est guère plus réjouissante. Si d’aucuns ont pu croire que les formes modernes de gouvernance pourraient prendre le pas et inaugurer une nouvelle ère démocratique (qui ne serait d’ailleurs pas obligatoirement représentative), le manque de visibilité et le musellement de la société civile tunisienne ne laisse présager aucune inflexion politique sur le court et le moyen terme. Le constat est une fois de plus alarmant. En ce qui concerne l’éducation de la population, le monolinguisme des jeunes tunisiens augmente proportionnellement avec l’éloignement à la capitale. Les jeunes étudiants ne disposent d’aucune liberté quant au choix de leur orientation, le clientélisme est roi et la méritocratie une belle palabre. L’université qui était de tout temps un vivier intellectuel et politique est aujourd’hui caractérisée par son amorphisme. Le verrouillage de la vie associative illustre aussi le rôle infime joué par la société civile.

     Il existe en Tunisie quelques 9376 associations, parmi lesquelles, veuillez excuser ce pléonasme, figurent un nombre infime d’associations autonomes. Elles sont toutes sous la tutelle d’une autorité publique. Il ne règne aucune transparence dans le système des subventions aux associations. Il apparait que le tissu associatif soit davantage un canal de redistribution de la rente qu’un véritable espace de l’expression citoyenne.

 

 

 

     Devant un tel constat, « Que faire ? » (C’est le titre adopté par Lénine pour son traité qui expose la stratégie et les orientations à suivre par le parti révolutionnaire). L’opposition semble tout d’abord se diviser autour de la question suivante : faut-il participer au jeu politique ou faut-il appeler au boycott ? Pour les uns, la politique de la chaise vide mène à une impasse et elle n’aura pour seul résultat que de démobiliser une population déjà anesthésiée, pour les autres, pourquoi participer à une telle mascarade, en sachant pertinemment que le jeu politique est pipé si ce n’est pour en dénoncer son caractère pipé ? D’aucuns diront, Moncef Marzouki en tête, que la seule manière d’abattre une dictature est de lui résister, lui résister de manière intelligente et pacifique, d’autant plus qu’il qualifie la dictature tunisienne de « mafieuse » quand d’autres avaient au moins le mérite d’être des dictatures idéologiques. Se pose alors la question de l’anonymat. Les nouvelles technologies permettent justement le développement d’une résistance civile, pacifique et avec une capacité de diffusion illimitée. Dans ce cas précis, l’anonymat pourrait être interprété par certains comme étant une preuve de lâcheté. Il a cependant le mérite de permettre à ses instigateurs et ses auteurs d’assurer la continuité de leur lutte. On se souvient tous du destin tragique que connut Victor Jara lors de sa résistance au coup d’Etat du général Pinochet au Chili en 1973.

     C’est aux nouvelles générations qu’incombe cette tache délicate. Sanaa Ben Achour expliquait ainsi que la société civile était certes empêchée d’agir mais elle avait le mérite d’être informée et quant aux nouvelles générations : « il semble que la peur aie changée de camp ».  

 

Joseph de la Tandre

 

 

(1) Je vous invite à visiter le blog de -z-, une subtilité et une finesse dans ses analyses et ses dessins tout simplement déconcertantes ! http://debatunisie.canalblog.com/

Commentaires (10)

1. Tidiane 25/10/2009

53% à la mi-journée

2. NOUGOUA Kevin 19/10/2009

Joseph je trouve que ton article relate très bien la situation en Tunisie.J'apprécie tout particulièrement la fin de ton article où tu soulignes avec pertinence le rôle que peuvent jouer les nouvelles technologies et la jeunesse.Toutefois contrairement à Julien je le trouve un peu trop descriptif et pas assez problématisé.

3. Tidiane 18/10/2009

Je vous invite tous à aller jeter un coup d'oeil au documentaire sur la jeunesse tunisienne dans la rubrique Vidéos.

Je trouve qu'elle illustre bien la phrase de conclusion de Joseph : "C’est aux nouvelles générations qu’incombe cette tache délicate"

4. Tidiane 17/10/2009

Le débat est lancé ! C’est que l’article, dernière son apparente actualité éphémère, soulève des questions inhérentes à la vie en société ; et surtout la première d’entre toute : quel rôle pour la démocratie aujourd’hui ?

Rappelons-nous qu’il est deux façons de comprendre le terme de démocratie. Et selon que l’on considère l’une ou l’autre, nos convictions divergeront. « Le pouvoir au peuple », c’est ce que l’on entend habituellement par démocratie. Notons que cette conception est essentiellement politique, voire institutionnelle.

De ce point de vue, il est difficilement soutenable d’affirmer que Ben Ali, Sarkozy et Obama sont des « dictateurs nouvelle génération ». Les institutions sont, je pense, assez solides aux Etats-Unis ou en France pour dire que les présidents y sont élus démocratiquement (entendu dans son acception politique).

Liberté, égalité, justice, ces trois mots apparaissent à plusieurs reprises dans les commentaires qui précèdent. Ca nous amène à la définition non plus politique mais bien philosophique de la démocratie. Le trio conceptuel est un idéal vers lequel doit tendre l’homme. Or, je pense que la démocratie politique ne le permet pas. Nombre de raisons motivent mon positionnement, notamment l’éduction du peuple qu’évoque Joseph. Elle me paraît être une belle utopie ! On tendra vers elle certes, mais jamais elle ne sera parachevée de telle sorte qu’elle puisse parer l’emprise qu’a la démagogie des hommes politiques.

Beaucoup de précisions à apporter sur tout cela. Mais ne surchargeons pas ce commentaire…

5. Julien 17/10/2009

Très bel article Joseph relatant parfaitement les problématiques tunisiennes. J'ai jeté un oeil sur vos commentaires et je te rejoins entièrement sur ton analyse de la démocratie.

Mais, comme le relate ton article, la question est de savoir si les élections tunisiennes ne sont pas tronquées, de par le manque de liberté à exercer toute forme d'opposition, puis par une corruption de l'acte citoyen : le vote.

6. Joseph de la Tandre 15/10/2009

Et si finalement la démocratie menait à des régimes autoritaires se réclamant de la démocratie ? L’autoritarisme ne serait-il pas un apprentissage contrôlé du suffrage universel ?

C’est en tout cas ce que nous expliquent Max Weber et Barrington Moore. Pour le premier, l’autoritarisme peut être entendu comme une démocratie plébiscitaire. Un régime autoritaire tend à encadrer les pulsions libertaires et égalitaires de la démocratie. Les exemples à travers l’histoire nous sont fournis par Bismarck et Napoléon III. L’Etat devient une force tutélaire dégagée de toute contrainte partisane et il empêche un parlementarisme trop précaire. Ce dernier pourrait se transformer en faiblesse de l’Etat face aux volontés populaires. Pour accéder à la véritable démocratie, Weber nous explique qu’il faut passer par cette formule temporairement autoritaire dans laquelle les gouvernants sont choisis par force et cooptation. Les rites démocratiques pratiqués par un État autoritaire (comme les élections au suffrage universel) ne servent qu’à dégager une approbation populaire plébiscitaire. Le « peuple enfant » n’étant pas encore prêt pour la démocratie, il faut l’éduquer. Et une bonne éducation passe nécessairement par l’usage de l’autorité. Quant à Barrington Moore, il nous explique que l’autoritarisme est une « modernisation conservatrice ». L’autoritarisme associe les masses en les intégrant mais surtout en les canalisant. C’est là que s’entend toute l’importance du leader charismatique et de l’Etat fort. L’autoritarisme est donc un moment dans la modernisation politique.

Geufou, même si ce point théorique amène un certain consensus entre nos deux positions, le problème majeur qui se pose est celui de la transition. Qui dit régime transitoire, dit transition. Comment cette dernière va-t-elle s’opérer ? D’autant plus que clientélisme et suffrage universel ne peuvent faire bon ménage.

Le rendez-vous est pris pour 2014, où avant si notre cher Général tout de mauve vêtu décide de passer l’arme à gauche.

7. geufou 13/10/2009

Cher joseph (la prophétie te guête!...)

Je vois que le débat est lancé et bien sûr mon écrit ne t'a pas laissé indifférent...fort heureusement ! Comme tu peux le constater ce dernier est jonché de pièges obscurantistes pour certains ( type les faucons texans )et de réflexions primaires pour les autres...je vois que cet orgueil méditerranéen et cet envie de liberté prime en toi marquis "de mon dur"... loin de moi l'envie de te froisser, loin de moi l'idée de juger qui est amème de vivre pleinement une vie démocratique. Le pouvoir en place en tunisie depuis les grandes années bourguiba (avant sa sénilité) n'a fait que gérer les acquis du néo destour...en renforçant le pouvoir militaire et judiciaire (Général Ben ali N'OUBLIONS PAS FORMÉ À bOIS D'arcy par la DST française !) et ceci dans l'objectif d'assoire une dictature bien huilée où tout le monde est trempé jusqu'au cou !!!! de l'épicier au prince de carthago, le seul mot d'ordre est de ne pas perdre ses intérêts à son niveau.Le monde arabe créé sur le modèle khalifale n'a engendré que des frustrations sociales et des rapports de forces insolubles. Puisque le khalif est la représentation même de dieu je ne peux que boire ses paroles et m'abstiendre de remettre quoi que ce soit en cause.Démocratie et religion foncièremet antinomique !!! je ne peux croire à la liberté démocratique lorsque'un peuple est soumis aux dictates et aux dogmes religieux. Les religions enseignerait soit disant le respect, l'amour et j'en passe et c'est ce qui depuis la création a tué le plus d'humains sur terre au nom de la vérité ! La démocratie n'est point une vérité, elle n'est que l'assemblage de gens tolérant, désireux de s'unir dans un projet commun sans cesse à la recherche d'un infime équilibre . Comment évoluer démocratiquement dans un collectif, lorsque pour exister ou espérer exister je dois détruire l'autre ! La part d'individualisme est grande en tunisie et ce dans toutes les couches sociales et c'est bien pour cela que le pouvoir est à ce point bien installé... le peuple mange, danse sur les émissions de la 7 le dimanche après-midi comme la france chante sur Vivement Dimanche prochain( une avancée démocratique la parabole ?) et pendant ce temps les orgies prolifèrent au palais...à la différence que les zitounes sont remplacées par le caviar. En attendant les maigres ne se font pas voir dans les rue de bizerte ou gafsa le régime est plus tôt bien copieux ! J'en conclue donc qu'après une bonne ganaouia je me fiche pas mal de ce qu'est en train de devenir mon pays ! ha non j'oubliais je gueule et dis que tout part en délabrement, qu'à mon époque ce n'était pas comme ça et qu'après tout si le pays en est là ce n'est pas de ma faute (ce n'est pas français ça comme comportement? non je dirai plutôt que c'est une reflexion d'un pays qui se porte bien en toute évidence et qui se repose sur ces acquis sans chercher à se renouveler...) Mais alors à qui appartient le pouvoir dans une démocratie ? au peuple non ? le peuple tunisien premier pays à avoir donné le droit de vote aux femmes (vitrine ?),...n'est-il plus le fer de lance des pays du maghreb ? se serait-il échoué aux portes du blanchiment d'argent des mafias mondiales ? La tunisie aurait-elle oublié les beaux discours du combattant suprême ? Le paysan de GAAFOUR qui veut son portable full option en a le droit de toute évidence, mais participera t-il à la construction de son pays nouvellement démocratique par les urnes et non (les burnes) ? JE le crains, ce dernier sera rassuré de savoir qu'à présent cette belle démocratie qui surfe sur un fil peut le ramener au téléphone à pédales grâce aux derniers discours de l'himam de quartier qui a bu les paroles du prophète à sa sauce . Est-ce vraiment grave de ne pas pouvoir dire publiquement ce que tout le monde pense tout bas ? est-ce vraiment important de dire son opinion où seule l'émergence d'une idée politique moderne ne dépasse pas le fond d'un texte poétique de barbelivien ou patrick bruel...L'idée même du mutualisme (fondement même de la démocratie populaire et ce sur quoi bourguiba s'était attaché à péréniser)n'est plus de nos jours dans aucun pays occidental, alors avec l'émergence des nouveaux pays du sud je crois que la priorité n'est point de servir l'homme mais plutôt de redresser un économie bien mal fichue grâce à ces nouveaux adhérents sur le marché tous désireux de se la raconter dans leur 4x4 entre monastir et sfax, et si ce n'est pas le 4x4 alors le izusu(?) dernière génération avec le gps intégré au siège BB ça fera plus que l'affaire ! bref, la démocratie n'étant que le reflet d'une démarche d'un peuple je crains que cette envie de démocratie tunisienne, ne soit que l'obtention de l'accès à son petit confort personnalisé un peu plus qu'actuellement. Le chef de l'état et ses disciples ont bien compris que la politique actuelle consiste dans tous les pays du monde à brasser du vent, créer des faux évènements, abrutir la population avec des patrick Sebatien locaux et laisser la liberté dans des espaces bien limités comme le foot, la presse people, etc...Alors certes des gens se battent pour combattre des idées, (leurs idées !!!!)donner à tout le monde la richesse de leur savoir, mais après tout est-ce que l'énarque déanbulant place vendôme en sait plus que le sage de GAAFOUR qui vient de vendre ses figues accroupi sur son âne? ... au bout du compte j'en arrive à croire que si et je rajouterai que la démocratie actuelle et non celle des lumières est une belle arnaque pour celui ou celle qui désire s'en préocupper! je sais tu vas me dire que c'est facile, que je ne suis qu'un individualiste et je te répondrai que je ne suis que méditerranéen et qu'après tout quand on embête pas les abeilles elles ne piquent pas !!

8. Joseph de la Tandre 12/10/2009

Bien malin celui qui pourrait nous donner une acceptation consensuelle de la démocratie. Cette dernière est une notion extrêmement complexe qui ne pourrait se réduire à une définition monolithique. C’est pourtant ce que laissent entendre certains politiciens occidentaux qui professent une parole universelle et paternaliste à des peuples primitifs qui ne pourraient continuer à vivre dans l’obscurité et le chaos.

Un peuple accède-t-il à la démocratie car il y est naturellement prédisposé ou est-ce davantage un acquis, le fruit d’une lutte pour la liberté, le respect et la justice ? Geufou, j’entrevois dans ton discours le spectre du déterminisme culturel et tu me permettras de ne point y adhérer. Mais comment ne pas y songer quand on voit (ceci est un exemple parmi d’autres) que les Libyens ont inventé la possibilité de tourner à gauche sur l’autoroute ? N’est-ce pas au contraire le fait d’armes d’un Guide qui les mènent droit dans le mur plus qu’il ne leur montre la voie à suivre.

Pourquoi le taux de criminalité aux Émirats Arabes Unis est-il quasi nul ? Tout simplement car les sanctions encourues sont sans commune mesure avec le délit commis. Les Suédois semblent quant à eux bien se tenir sans pour autant que ne règne au-dessus de leur tête une épée de Damoclès.

« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre » nous dit Thomas Jefferson. C’est ici toute l’origine du problème ! Certains pays arabes autoritaires, la Tunisie en tête, obtiennent le soutien des pays occidentaux et d’une certaine partie de leur population justement en usant de ce joker islamiste. « Êtes-vous certain de vouloir accéder à la démocratie ? Vous savez les arabes ne se tiennent à carreaux que sous la menace du bâton et si vous les laissez faire leur choix, vous aurez Kaboul à deux heures de vol de Paris ! ». Une attaque terroriste dans le métro parisien en pleine heure de pointe, aucune crainte, Ben Ali surveille et nous assure que cette éventualité ne sera qu’un affreux cauchemar, enfin tant qu’il reste l’heureux locataire du palais de Carthage.

La redondance de l’argument éducatif et économique devient vraiment agaçante. Certes, il semble difficile de contester l’amélioration du niveau et de la qualité vie en Tunisie au cours de ces 20 dernières années. De son temps, Franco aussi avait amélioré la situation socio-économique de son pays. Mais cet argument ne devrait même pas être avancé, n’est-ce pas là un pléonasme ? L’homme politique (étymologiquement « qui concerne le citoyen ») n’est-il pas tout entier dévoué à la chose publique, ou tout du moins ne devrait-il pas l’être ?

Quant au citoyen de Gaafour (à ne pas confondre avec l’hypermarché Carrefour ! Petite précision pour les profanes, Gaafour est une petite bourgade tunisienne au milieu de nulle part) il est doué de raison, tout comme un étudiant à Saint-Germain-des-Près, et notamment grâce aux nouveaux moyens de télécommunications (le paysan de Gaafour regarde aujourd’hui Al-Jazeera et dispose d’un téléphone « bourtable » full option), il est informé et conscient que la bataille pour le pain n’est plus de son temps. Heureusement d’ailleurs !

9. Maria del Pilar 12/10/2009

C'est un bel article, j'ai appris plein de trucs ... mais que lastima ...
Il serait grand temps que les choses changent si non cette planète plus trop bleue va finir par nous péter à la tête ...

10. Geufou 12/10/2009

J'aimerais bien être de ton côté totalement, mais je ne peux m'empêcher de penser que la démocratie n'est pas quelquechose que l'on décide comme ça. Cela s'apprend et cela se fabrique avec le temps.Quel pays arabe est véritablement démocratique ? dans quel pays arabe on met son clignotant pour tourner ? premier acte de civisme ! Si déjà on est pas capable de respecter cela alors que deviendrait le pays si liberté totale était donnée...un paradis pour les intégristes ?!! L'Algérie a voulu passer le cap dans les années 90 et on a vu le carnage ! En revanche je crois qu'il est nécessaire à ce pays d'évoluer mais il évolue grâce aux exilés qui bon gré malgré eux influent sur les tendances internes du pays. La politique est mondiale actuellement et je crois que la position de Ben Ali ne diffère pas d'un Sarkosy ou d'un Obama ou d'un Poutine ou d'un Chavez bref d'un dictateur nouvelle génération...Voulez-vous une dictature plus modernisée où l'éducation est reléguée au troisième plan des priorités (choix purement réfléchis de la part des conservateurs libéraux mondiaux) alors qu'en Tunisie ce système est encore une réussite et génère des jeunes comme vous. La démocratie se mérite (et l'occident ne la mérite plus !) la démocratie ne se construit pas à l'échelle d'une vie mais est une action perpétuellement en transformation qui s'adapte, se rebelle, s'apèse bref vit ! La tunisie a cette envie de vivre mais avec 30% d'éxilés il ne faut pas confondre les intérêts du tunisien vivant à Gafour et celui vivant à st germain des prés !!! a+ la compagnie

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