L'élection d'Ali Bongo : une victoire en demi-teinte pour la « Françafrique »

 

          Le 30 aout 2009 Ali Bongo sort grand vainqueur de l'élection présidentielle gabonaise avec 41,7% des suffrages. Il succède ainsi à son défunt père Omar Bongo. Ce succès électoral est d'autant plus éclatant qu'Ali Bongo a du faire face à une vingtaine d'autres candidats parmi lesquels figuraient d'illustres inconnus et des personnalités locales comme le Père Paul Mba Abessole.

          Toutefois, cette victoire a été vivement contestée pour plusieurs raisons. D'abord, en tant que très influent ministre de la défense Ali Bongo partait avec une longueur d'avance non négligeable sur ses concurrents. En effet ce dernier avait le contrôle total des forces de l'ordre gabonaises. Or on sait que dans la plupart des pays d'Afrique l'armée a un grand pouvoir de pression et de répression. Ali Bongo avait donc les moyens d'empêcher la transparence lors de ces élections. En outre il a joui de nombreux manquements démocratiques (comme la fermeture d'une chaine TV appartenant à un de ces concurrents) malgré le fait qu'officiellement il  prônait la transparence. Les dérives ont donc été nombreuses lors de ces élections.

          Cela n'a pas empêché le gouvernement français de soutenir (au moins partiellement) Bongo fils. En effet la France à de nombreux  intérêts économiques sur un territoire riche en matières premières (minerais et pétrole). Cela attire d'ailleurs la convoitise de nombreuses entreprises françaises.  De plus, si la France a soutenu  Omar Bongo c'est aussi parce que dans le cadre de la « Françafrique » la France a toujours entretenu des relations privilégiées et dites « inégalitaires » avec ses anciennes colonies africaines. Certains dirigeants essaient tant bien que mal de se défaire de l'influence française (tel que Laurent Gbagbo l'actuel président ivoirien) mais cette dernière est restée très forte sous l'influence d'Omar Bongo et autrefois de Félix Houphouët Boigny (président ivoirien de 1960 à 1993). Ali Bongo, soutenu par la France, compte bien à son tour suivre cette « ligne de conduite ».  Ainsi pour certains la victoire de Bongo fils est vue comme la victoire de la « Françafrique ». A cet égard il s'agit d'un sérieux  revers pour les dirigeants qui pensaient que la « Françafrique » avait été enterrée avec Omar Bongo.

          Cependant force est de constater que les résultats de ces élections ont attisées une sorte de rancœur envers l'ancienne puissance coloniale. En effet, sitôt les résultats des élections connues des émeutiers s'en sont pris au consulat de France. Même si d'un point de vue politique l'élection d'Ali Bongo est un succès pour la « Françafrique », du point de vue humain cela semble être exactement le contraire. Il existe aujourd'hui une jeunesse africaine qui s'élève contre l'influence française en Afrique qu'ils considèrent comme excessive. Ainsi toute forme d'intervention française en Afrique ne fait qu'attiser ce sentiment. Cela a été le cas en Cote d'Ivoire lors de la guerre civile et cela est le cas aujourd'hui au Gabon. Le temps est peut-être venu pour la France d'envisager un nouveau type de relation avec ses anciennes colonies africaines car si l'Afrique a besoin de la France, la France a aussi besoin de l'Afrique ne serait-ce que pour s'affirmer sur le plan international.

Kevin NOUGOUA

Commentaires (15)

1. Simel 27/09/2009

Merci Tidiane! je pense que très souvent en politique, plus que le fait en lui-même, c'est la représentation, voire la construction qu'il y a autour qui l'emporte. il faut toucher à l'imaginaire collectif pour faire bouger les choses, et ça, ça releve d'une construction qui peut s'appuyer sur ce qui s'est réellement passé ou sur une déformation de la réalité. En l'occurrence, que la France ait ou pas soutenu Ali Bongo n'a qu'une importance relative. Il n'y a de toute façon pas grand monde pour dire avec exactitude ce qui s'est réellement passé. Pour le commun des citoyens que nous formons, le plus important, c'est que la France ait (in)volontairement donné l'impression d'avoir soutenu Ali Bongo. c'est juste pour attirer l'attention sur l'importance, en politique, de l'imaginaire collectif, des représentations qu'on se fait...

2. Tidiane 27/09/2009

Le terme de monnaie-marionnette était, il est vrai, un peu fort. Mais comme l'a expliqué Kevin, le fait que les Etats africains ne puissent pas avoir un total contrôle de leur monnaie fragilise grandement leur politique économique.

Simel, j'apprécie toujours ton engagement. Mais je voudrais juste revenir sur une chose que tu as dite : en politique la réalité compte moins que les apparences. Je trouve ça très intéressant mais pourrais-tu expliquer ce que tu entends par là ?

3. NOUGOUA Kevin 26/09/2009

Simel je trouve ta dernière remarque très pertinente.De plus il est vrai que dans tous les cas Ali Bongo aurait surement gagné l'élection.
Lydia,pour répondre à tes interrogations sur le Franc cfa,il faut savoir que cette monnaie est indéxée sur l'Euro.Pour faire simple le FCFA prend sa valeur en fonction de celle de l'Euro.Les Etats africains n'ont donc pas réellement le contrôle de leurs monnaie.Bien sur il ya des avantages à ce statut qu'a le FCFA.Par exemple cette monnaie jouit d'une certaine crédibilité grace à son lien fort avec l'Euro.

4. Simel 25/09/2009

les institutions africaines sont faibles, le sentiment républicain pas suffisamment profond (on n'a pas fait 1789), et les dirigeants africains sont la plupart irresponsables. Soit, mais la France (ce n'est pas de l'obstination) n'aide pas souvent à la consolidation de la démocratie, ou plutôt, elle subordonne la consolidation de la démocratie en Afrique à ses intérêts économiques et géopolitiques.

Pour l'élection gabonaise, je crois franchement qu'avec ou sans l'aide de la France Ali Bongo aurait gagné pour des raisons évidentes (l'appareil de son parti, son portefeuille ministériel, l'étendu du raison du clan Bongo, et puis le fait d'être le fils qui ne constituait pas seulement un inconvénient, c'était aussi un grand avantage!), pour des raisons donc évidentes en dépit d'une réelle volonté de changement et d'un espoir qui dépassait largement les frontières du Gabon. j'ignore s'il ya eu effectivement fraudes, et dans quelle mesure. De toute façon, si Ali Bongo avait prévu de frauder, il l'aurait fait avec ou sans la France. Mais à la limite, en politique, ce qui s'est réellement passé n'a qu'une importance relative par rapport aux apparrences et aux perceptions. Or, ce que l'on perçoit, ce que perçoit la jeunesse gabonaise, ce que perçoivent les opposants, c'est la main de la France derrière l'élection d'Ali Bongo. Cette impression, vraie ou fausse, constitue un danger pour la démocratie. En se disant que la France (dont on exagère peut être le rôle) soutient les régimes en place qui de ce fait deviennent inamovibles électoralement, beaucoupo d'opposants désespèrent de la voie électorale. Pourquoi donc mener une campagne, se battre, alors que le choix ne se fait pas dans les urnes mais plutôt dans un bureau de l'Elysée (ce qui encore une fois peut être exagéré)? Du coup, c'est possible qu'il y ait davantage d'opposants qui cèdent à la tentation des coups d'Etat, j'espère bien sûr que l'avenir me donnera tord!

5. Lydia 20/09/2009

Merci d'avoir répondu a ma question, Kevin mais, il y a quelque chose que Tidiane dit et a laquelle je ne suis pas d'accord ; Le franc CFA n'est pas une monnaie-marionnette ! Il ne faut pas dire ca perce que le Franc CFA est beaucoup plus petit qque l'euros ou le dollard ! Moi, je préfere quand meme que la Gabon demande l'aide de la France s'il en a besoin. Du moment ou le Gabon s'en sort - grace a la France - les citoyens ne pourront pas refuser.

6. NOUGOUA Kevin 20/09/2009

Lydia,si CERTAINS citoyens ne voulaient pas élir Bongo fils c'est en grande partie parcequ'il symbolise l'influence française au Gabon.Ce qu'il faut comprendre c'est qu'une grande partie de la jeunesse gabonaise pense que la France a un rôle trop important dans leurs pays.D'où les voitures brulées comme signe de contestation à l'élection de Bongo Fils.
J'espère avoir répondu à ta question.Mais surtout ne perd jamais de vu que les causes majeures des problèmes de l'Afrique sont avant tout internes (comme l'a souligné Tidiane).En d'autres termes ne rejetons pas toute la faute sur l'ex puissance coloniale.

7. Tidiane 19/09/2009

Je suis d'accord avec tous les commentaires faits précédemment, mais je voudrais tout de même ajouter un petit quelque chose. Je crains que nous ne soyons en train d'entrer dans une sorte de systématisation. Attention ! tout ce qui vient de France n'est pas mauvais en tant que tel. L'influence d'une nation sur une autre peut être dangereuse : le Franc CFA, cette monnaie-marionnette est pour moi une aberration !

Mais je trouve que l'article le montre vraiment très bien : dans cette élection, la victoire d'Ali Bongo a reposé essentiellement sur une inégalité des chances en sa faveur. Cela est intrinsèque au système africain ; c’est une défaillance, il faut la reconnaître. La France a soutenu ostensiblement Bongo. Mais bon, est-ce vraiment là le problème ?

"le Gabon dépend de la France ?" Si l'on est intègre, mes amis, il faut tout de même répondre NON à cette question.

Comme Obama l'a bien fait remarquer, le cœur des maux de l'Afrique se trouve dans ses institutions encore fébriles.

8. Julien 19/09/2009

Cet article soulève tout de même une question, à savoir, quels sont les enjeux de la réélection de Bongo ? Ou de la crise ivoirienne ?

Les luttes d'influence entre Chine, France et Etats-Unis sont pour moi primordiales dans le conflit ivoirien et aussi au Gabon. La haine anti-française est attisée par les "concurrents" voulant, quant à eux, récupérés "la poule aux yeux d'or".

Pour étayer mon argument, je te prendrais comme exemple Laurent Gbagbo, catholique à l'origine, est aujourd'hui sous influence d'une église évangéliste américaine.

La Côte d'Ivoire subit de plein fouet la lutte d'influence américano-française. Il en est de même pour le Gabon.

Les africains ne seront libérés seulement si ils se gèrent par eux-même ! Ne dépendant guère des occidentaux et profitant de leur richesse. Pour cela, il faudrait des dirigeants décents et non pas dictateur !

Les africains devraient, par conséquent, se soulever contre l'occident dans sa globalité

9. Lydia 18/09/2009

Salut. Je trouve que ton article est vraiment bien car il dit les avantages et les inconvéniants que la France peut avoir envers le Gabon et vice versa. Mais je ne comprends pas; le Gabon dépend de la France ? Pourquoi y a-t-il eut des ...des voitures brulées aux Gabon ? Pourquoi les citoyens ne veulent pas ou plutôt ne voulaient pas élir Bongo Fils ? Tu m'expliquera , merci. SI non, ton article n'est vraiment pas mauvais malgré le faite qu'il ne soit pas ecrit en français facile.:51
Good Job

10. Matthieue 15/09/2009

Cet article est très intéressant et traite l'élection d'Ali Bongo de manière pertinente me semble t-il. Mais surtout il met en avant les enjeux complexes liés aux élections présidentielles africaines. Alors qiue l'on est dans un contexte ou l'on minimise souvent le rôle de l'Afrique, il était important de rappeler que ce continent joue un rôle important sur la scène internationale.
Bien joué !

11. maryT 15/09/2009

poids et contre-poids : la "françafrique" et la jeunesse africane : voilà ce qui m'a marquée dans cet article.La jeunesse africaine doit rester débout et unie afin de contre-carrer tout obstacle à la démocratisation de son continent.Continuez d'ecrire des articles comme celui-ci car j'ai aimé le lire.Bon courage!!!!!!

12. BAMBA A 14/09/2009

Ton article met en nue l'attitude de la France dans les affaires internes des États africains pour la sauvegarde de leurs intérêts. Je suis d'accord avec toi et je dis que l'élection d'Ali Bongo c'était la victoire avant le match. C'est le candidat favoris de la France comme elle l'avait fais savoir dans les heures qui ont suivi le décès d'Omar Bongo. Et j'ajoute que le mal de la démocratie en Afrique francophone, c'est la France qui nous impose ses marionnettes pour mieux protéger ses intérêts.

13. J. NOUGOUA 14/09/2009

Ton article est interessant en tout point de vue, mais n'oublie pas comme l'a si bien souligné Ange Fleury, la nature des troubles en Cote d'Ivoire.
J'abonde dans ton sens quant à la présence Française et son influence sur les démocraties africaines.
Il y a nécessairement quelque chose à faire par la FRANCE pour rester dans l'esprit du discours de la baule.

14. NOUGOUAKevin 14/09/2009

Merci d'avoir commenté cet article et merci Ange pour ta réctification sur la crise ivoirienne.Je pense que cet article est surtout interessant dans la mesure où ce qui s'est passé au niveau local (au Gabon) met en lumière une situation plus global.C'est à dire la posture de la France vis à vis de son ex empire colonial africain.

15. Ange Fleury (site web) 12/09/2009

Encore la France qui protège son pré-carré, pour combien de temps? C'est réellement intéressant Kévin de mettre à jour cette volonté française de consolider ses intérêt.
Cependant, je voulais juste préciser que la crise ivoirienne n'a pas été une guerre civile comme certain l'on affirmé mais plutôt une crise militaire entre des rebelles et l'armée loyaliste ivoirienne.

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